Rencontres Gourmandes
Par Christophe Kaprélian

Les beaux jours s’installent à La Maison

Coup de chapeau bien rose à cette terrasse qui joue la carte du printemps et fait du soleil son atout gagnant !

Allez-y, faites un plan large pour goûter aux joies de la perspective…

Voilà, vous êtes sur la jolie placette Saint Ferdinand, à l’abri du charivari monoxydé du quartier des Ternes.

Quelle Porte Maillot ? Ici, vous êtes à « La Maison » et les arbres reverdis qui s’imposent sur le minéral donneraient presque à l’endroit un parfum de province…

J’ai dit « presque » parce que le bistro en question, c’est toute l’âme du Paname des Années 30 !

Banquettes moleskine, lustres à globes, et sur le sol aux jolis carreaux polychromes, le ballet bien orchestré des garçons en gilet tout en gestes prompts et gouaille souriante.

Et qu’est-ce que ce sera pour ces dames ?

Pour le coup d’oeil à l’ardoise, retour en terrasse divinement exposée plein sud, où le soleil va bientôt nous chauffer le dos.

Une belle écriture ronde tracée à la craie annonce les saveurs du jour : le poireau vinaigrette et la joue de boeuf braisée sont à l’honneur. D’autres grands classiques s’affichent à la carte : oeuf mayo et salade de betteraves, foie gras de canard au Lillet pour les fines gueules.

Les plats de viande, 100% tradition, ont l’air superbe : je lorgne l’andouillette, ricoche sur le tartare et enjambe la côte à l’os…

… et une belle Entrecôte frites, une !

Je sais, un peu de vert dans l’assiette serait du meilleur effet et le vaste choix de garnitures ne me sert pas d’alibi : je vois passer avec un rien de scrupule salade verte et haricots verts frais. Mais les frites de La Maison sont… maison ! Une rareté qui vaut bien un petit excès. En échange, j’abdiquerai sur la tarte Tatin et l’affriolante sélection de glaces Berthillon. De toute façon, il y aura d’autres fois à La Maison car l’addition n’y fait pas d’ombre au soleil.

Les beaux jours ont leur adresse, on vous y conseille le séjour.

La Maison
28, Place Saint Ferdinand
75017 Paris
01 45 74 11 24
www.cafelamaison.com
Tout est maison à la maison
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In the mood for Gyoza Bar

Curiosité gourmande dont le tam tam parisien fait des percussions chaudes depuis janvier, le Gyoza Bar est d’abord un défi aux règles du contenu et du contenant : comment une si petite enseigne peut-elle drainer autant de monde, dont l’enthousiasme s’agglutine régulièrement sur la dalle du Passage des Panoramas ? Après plusieurs tentatives découragées par la foule, ce jour-là je m’infiltre avec succès, titillé par l’appétit et la curiosité…

Déco inédite d’un lieu dédié à la bistronomie nippone, le design épuré et ses teintes sombres est du dernier chic new-yorkais : brique anthracite, verre fumé, l’endroit joue l’obscur jusque dans le vêtement des hôtesses toutes de noir vêtues, élégante composition nocturne où s’enchâsse un long bar de bois blond : centre de scène où tout s’éclaire, lumière sur la dégustation !

Minimalisme faisant loi, Schinito Saté, le chef doublement étoilé de l’adresse voisine – Passage 53 – propose ici une recette unique, monospécialité élevée à son point sublime et travaillée comme le contre-ut du soprane.

Dire qu’il s’agit d’un ravioli japonais galvauderait le produit : parlons donc du Gyoza, petit chausson replet en forme de croissant et grillé à l’unilatéral, mariage de fort bon aloi entre moelleux et croustillant.

Trempez le délicat croissant dans la sauce consacrée, dite ponzu, pour mieux en apprécier la farce : le mélange fondant de cochon tendre et goûteux (fourni par Hugo Desnoyer, star des bouchers) de gingembre, poireau et sésame, s’enrobe de la fraîcheur acidulée du soja mêlé d’agrumes.

Savante harmonie des contrastes, le chant des papilles en témoigne !

Rare satisfaction, le concept du luxe dans la simplicité s’étend à la gamme des tarifs : 6€ pour 8 pièces, 8 pour 12, 10 pour 16, la pause nippone ne se venge pas en fin de « Gyoza party ».

Le temps ou la patience vous manquent ? Vous avez la possibilité d’emporter les Gyozas sagement emboîtés en coffrets gourmands. Mais alors vous serez privés (ou exonérés, c’est selon) de l’ambiance sonore, autre inédit du lieu : le jazz un brin déjanté du groupe japonais « Soil et Pimp sessions », définitivement branché, que l’on goûte… ou pas !

Gyoza Bar
56, Passage des Panoramas
75002 Paris
01 44 82 00 62
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Histoire d’or

Changer le plomb en or ? Une alchimie à laquelle personne ne croit plus. Et pourtant…

Voici une histoire courte sans grimoire ni chaudron magique.

C’est celle d’un homme qui en rencontre un autre. Pour régler une vilaine petite affaire. Dans le jargon approprié, on appelle ça un litige professionnel. Maux de tête en perspective.

La rencontre ouvre le dialogue.

Le premier parle de son métier et raconte toute l’affaire avec sincérité, parce qu’en toutes choses il a le goût du vrai. L’homme de loi écoute et quelques minutes plus tard… il passe commande à son interlocuteur, en sollicitant ses services à titre privé.

Le censeur était devenu client ! Improbable mais vrai, j’y étais…

Ne cherchez pas la pierre philosophale au diable vauvert.

Elle réside en chacun d’entre nous, du côté du cœur.

Cela s’appelle la CONFIANCE.

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Bio en broche chez l’Ami Marco

C’est bientôt l’heure du déjeuner et je musarde, antennes aux aguets, sous la lumière diffuse du Passage des Panoramas.

Petite balade dans le temps comme je les aime, dans une architecture conçue il y a deux siècles et dont le coeur n’a cessé de battre, irrigué par le flux battant des commerces et des visiteurs. D’ailleurs, nous sommes à deux pas du célébrissime Grévin, il me suffirait d’un petit détour pour aller tirer mon chapeau à Chaplin et Voltaire…

Mais l’estomac tenaille, et ce sont des couverts géants, d’humeur bien rose, qui retiennent mon pas dans l’ici et maintenant !

Derrière les couverts de Gulliver se déploie une jolie perspective de tables proprettes, fort avenantes dans leur robe à carreaux. L’ardoise elle aussi est tentante, dans sa belle simplicité de plats de bistro qui fleure bon l’andouillette (garnie de tous ses A) et la salade museau vinaigrette.

C’est bath chez L’Ami Marco aurait dit Gabin, avant d’y emmener sa Morgan sans croquer toute sa solde de permissionnaire : entrées et desserts sont au prix unique de 3 euros.

Pour moi ce sera un plat en direct : je suis en confiance et je commande sans tergiverser. L’Ami Marco s’annonce rôtisseur, va pour le poulet bio !

Pas plus de chichis dans l’assiette que dans la déco, mais je me régale de mon choix : la cuisse est rôtie à point et sous ses courbes dodues, la chair est tendre et savoureuse. Et le bio est là, à n’en pas douter : je le reconnais à l’os qui résiste vaillamment sous les assauts de mon coup de fourchette. Frites maison tout à fait honorables, la salade sans trop d’intérêt remplit son office de fraîcheur.

Un vrai bon point pour ce petit gueuleton sans prétention. Une façon de se restaurer sainement et garder de quoi chiner dans l’insolite brocante qui vous tend les bras, là, dans la vitrine juste en face…

Univers hétéroclite de perles, de verroterie et de celluloïd : au 47 du Passage, un monde baroque et un brin désuet se prête à quelque rêverie digestive…

Réminiscences garanties et coup de chapeau au savant étalagiste qui a trouvé son inspiration dans le ventre de notre vieux coffre à jouets !

L’Ami Marco
22, Passage des Panoramas
75002 Paris
et
La boutique brocante
Tombées du Camion
44/47, Passage des Panoramas
75002 Paris
de 13h00 à 19h00 tous les jours
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Comment j’ai rencontré Sir Winston Churchill

Il a surgi un soir alors que je rentrais d’une prestation gourmande, heureux d’un succès qui débordait sur la nuit.

Je faisais durer le plaisir en empruntant l’itinéraire que j’aime, longeant Grand et Petit Palais sublimés par les lumières de la ville. Un spectacle dont je ne me suis jamais lassé, si souvent contemplé que je pourrais le réinventer les yeux fermés…

La silhouette de bronze s’est imposée avec l’intensité d’une première fois. Quatorze ans pourtant, qu’elle arpente d’un talon volontaire l’angle sud de l’avenue qui porte son nom. Mais ce soir-là, l’âme s’incarnait. Sous le carcan métallique c’était l’homme qui prenait vie.

Les héros statufiés n’auraient-ils pas droit à leur petite balade nocturne ?

Vous me croirez ou pas, j’ai marché à l’ombre du Vieux Lion. Entendu crisser l’étoffe rigide de l’uniforme. Quand soudain l’illustrissime gueule boudeuse s’est mise à parler…

Hier parlait à demain et le message était clair. Gravé pour l’éternité.

Quelques secondes plus tard, Sir Winston a regagné son noble piédestal mais dans l’air flottait encore un parfum de cigare…

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