Rencontres Gourmandes
Par Christophe Kaprélian

Printemps zen au Café Suédois

A voir l’allure du parking, on est tout de suite renseigné sur l’endroit.

Ici on aime la balade nez au vent et se régaler de plaisirs simples.

Une atmosphère pimpante comme une chanson de Montand, sauf que sur la bicyclette Inga a pris la place de Paulette : nous sommes au Café Suédois, lui-même accolé à l’Institut Culturel suédois installé depuis 1971 dans les murs du très bel Hôtel de Marle.

Preuve qu’une balade au Marais peut ressembler à autre chose qu’à un long marathon mercantile où l’on se pousse du coude et du klaxon… Bifurquez dans la rue Payenne, franchissez la grande porte bleue, et profitez sans délai d’un joli moment d’art de vivre à la scandinave.

Du calme, des visages avenants, et un festival de bonnes petites choses à grignoter, préparées sur place et fraîches du matin. Soupes maison – glacées en été, tartines et sandwiches de pain noir garnis à la mode du pays (hareng, boulettes de viande, saumon mariné, concombre et crème fraîche), et un assortiment changeant de pâtisseries où président gâteau aux carottes et tarte aux airelles.

C’est simple, sain, délicieux, à conjuguer avec un jus fraîchement pressé ou une tasse de café noir gentiment allongé.

Le must, quand le soleil de mars anticipe sur l’été : s’installer sur les jolies nappettes roses et vertes de la cour pavée, ou alors…

… faire le plein d’oxygène côté jardin, idéal si vos bambins ont des fourmis dans les jambes.

Pour les grands aussi, c’est un jeu d’enfant : on passe commande à l’intérieur (mobilier de bois clair aux lignes épurées, papa Ikéa est passé par là), on s’installe en toute liberté, et on n’oublie pas de débarrasser son assiette en quittant la table. Un charmant esprit de communauté qui va de pair avec la douceur des prix, et d’autant plus agréable qu’au comptoir vos hôtesses sont aussi blondes que souriantes… suédoises quoi !

Le café Suédois
11, Rue Payenne
75003 Paris
01 44 78 80 11
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C’est beau, les Halles de Doisneau !

C’était au temps où Paris triportait…

Le temps où son Ventre hébergeait des milliers d’anonymes, porteurs, vendeurs, glaneurs et se mettait à grouiller aux toutes premières heures du matin, avant de remballer pour laisser le Carreau net à la cloche de midi.

C’était hier et c’est bien loin, pour un bébé de 68 tombé du ciel avec les pavés de Saint-Germain.

Heureusement Doisneau était là, le coeur à l’objectif.

Et hop ! Il suffit de passer le porche de l’Hôtel de Ville pour rencontrer ce Paris révolu et passer un moment en tête-à-tête avec des portraits qui font déborder la vie du cadre.

Doisneau était un amoureux du peuple des Halles, et dans cette foule il était chez lui. Il n’y a qu’à voir la franchise des regards et des sourires qu’on lui adresse, seul un « gars de la famille » peut récolter ça.

Une générosité qui impressionne, l’âme comme la pellicule. Et des décennies plus tard, le dialogue continue.

Une carrure d’Hercule mais rien d’un fier à bras… Une montagne de muscles à l’épreuve de la viande, héros pur jus.

J’ai lu que pour être élu « Fort des Halles », le candidat mis à l’épreuve devait tracter une charge de 200 kilos sur une distance de 60 mètres. A qui le tour ?

La puissance n’est pas qu’affaire de biceps, elle peut aussi surgir dans un nuage de fumée, brouillard d’émotion brute et de tendresse, au moment de la pause.

Le temps d’une caresse à plus petit que soi.

Une certaine façon de placer l’homme dans son cadre, et sans grandiloquence, sacraliser le quotidien.

Le fromager dans sa crypte devient santon, saint patron de sa profession.

Et puis, comme des fleurs poussées sur le pavé, piquées ça et là dans cet univers d’hommes à la tâche, il y a les femmes !

Sans chichis ni falbalas, elles allument le soleil là où leurs sourires rayonnent.

Divines, dans l’apparat d’elles-mêmes, elles sont l’élan, la grâce…

… elles semblent inventer, en toute ingénuité, le sourire de la marchande,

Et d’une simple oeillade, sont bien capables de vous ravir le coeur !

Merveilleuse immersion dans un passé d’avant Facebook et Twitter, d’avant les paparazzis de la Toile et la diffusion des images en temps réel. On peut y éprouver un brin de nostalgie, comme ces visiteurs jadis contemporains des photos exposées, mais pas de regrets.

C’était mieux avant ? Non, c’était comme ça, avant.

Rungis a adapté au monde qui va ses produits et ses proportions, mais on y préfère encore la confiance et la négociation au régime bipé des codes barre. Les hommes se rencontrent, palabrent, se retrouvent au zinc… et diable, les femmes sont toujours aussi belles !

Du 8 février au 28 avril 2012
Hôtel de Ville de Paris
29, Rue de Rivoli
75001 Paris
Tous les jours sauf dimanches et fêtes de 10h à 19h. Dernier accès à 18h30.
Comptez 30 à 45 minutes d’attente.
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Signé Kifuné

Las des Chinois qui japonisent sous le masque ! Rendons aux vrais maîtres sushi leur talent longuement éprouvé (depuis le Vème siècle quand même, date à laquelle se développe la riziculture au pays du Soleil Levant) et l’extraordinaire fraîcheur de leurs produits. Pour trouver l’authentique, soyez un peu kamikaze et foncez sans dévier jusqu’à la Porte Maillot… Derrière une sobre façade de bois qui peut tromper le badaud lambda, à vous la découverte de la perle rare !

Chez Kifuné, les sushis c’est Mondrian à la rencontre du Capitaine Achab !

Des couleurs en savante géométrie mariées au meilleur de la mer, sur le délicat riz vinaigré s’alanguissent de généreuses lamelles de chinchard, turbot, dorade, bonite, saumon – et quel saumon, oubliez là les mauvaises expériences où rivalisent le gras et l’insipide…

Comment reconnaître le goût de l’exigence et de l’ultra-frais ? Croquez !

Approchez… Regardez donc de plus près la prunelle corail, humide et bombée de ces oeufs qui débordent soyeusement leur nori, écrin d’algue séchée… Au palais, la perle captive rompt sa délicate enveloppe et offre comme une sève son jus iodé.

Evidemment, si Kifuné est un authentique sushi bar, réplique fidèle des tavernes japonaises, vous pourrez aussi y déguster de somptueux sashimis (triple accessit pour la seiche à l’oursin), des tempuras à la panure aérienne, des salades sans pareilles, telle l’Igiki, ma petite préférée, idéale en début de repas pour s’ouvrir les papilles…

… savante association d’algues, champignons et carottes, saupoudrée de sésame croquant.

La célébration du goût est une balade dont il faut arpenter tous les détours ! Surtout ne pas se refuser une deuxième entrée.

Délicieux dilemme : le rouleau de thon gras/ciboulette ou le tendre émincé de boeuf aux herbes, tout aussi divin ?

Un signe qui ne trompe pas : dans cet exceptionnel restaurant de poche, la clientèle qui se presse fait la place belle aux Japonais de la capitale, hommes d’affaires, expatriés et touristes avertis. Ils connaissent par coeur les meilleures adresses (celle-ci fait incontestablement partie du trio de tête), le style réservé du service, la ponctualité de mise, et le prix de la qualité (30€ le midi, comptez le double pour le soir).

Une adresse rare, à partager avec quelques élus…

Une réservation s’impose avant d’y emmener votre Madame Butterfly.

Kifuné
44, Rue Saint Ferdinand
75017 Paris
01 45 72 11 19
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