Rencontres Gourmandes
Par Christophe Kaprélian

A La Marée, tentez la grande aventure du Frais !

Parce que ni la gourmandise ni l’amour des produits frais n’ont vocation à rester entre quatre murs, ce soir j’embarque famille et amis pour une traversée peu commune. S’il n’a rien d’exotique, le trajet hors des sentiers battus est déjà une manière d’aventure. Notre petit convoi contourne Orly, verse sagement sa dîme de 9 euros au péage, trace sa route dans une jungle impressionnante de camions et de hangars, et enfin se gare à bon port sans la moindre anicroche.

Nous sommes sur la plateforme de Rungis, et dans un nocturne étoilé de réverbères se dessine un long paquebot dont la façade bleue annonce la couleur : nous sommes invités à bord pour y déguster le meilleur de la mer.

Au rez-de-chaussée, une brasserie sans chichis mais fort sympathique nous tend son alléchante carte aux trésors. Rien d’une 1ère classe sur le Titanic, mais les moules-frites et les plateaux de fruits de mer qu’on nous sert diligemment sont d’une fraîcheur (…non pas d’iceberg ! Oh que non, car rien ici n’est congelé) réellement exceptionnelle.

Amis du goût, le luxe se jauge ici au frémissement irisé de la Fine de claire et à la saveur authentique de la Bouchot. A table, le silence raconte mieux que les mots le plaisir de la dégustation, et comme la frite est maison, les enfants ont bien raison de s’en lécher les doigts.

Une autre fois, nous tenterons les plaisirs de la cale (un restaurant au cadre rétro et ambiance plus feutrée dont la carte se rallonge de homard et de caviar d’Aquitaine) mais pour l’heure, c’est en face que continue la Grande aventure du Frais !

C’est d’ici, le Pavillon A4 dit le « Port de Rungis » d’où proviennent les merveilles iodées qui à l’instant réjouissaient notre palais. C’est ici, le saint des saints où chaque matin, l’acheteur trouve poissons, coquillages et crustacés de 1ère fraîcheur, en profusion et variété extraordinaires.

Fini le temps d’un Vatel qui, dit-on, désespéré par le retard de la marée, se suicida lors d’un banquet du Grand Condé. Aujourd’hui, grâce à une chaîne de distribution sans faille, moins de 24 heures s’écoulent entre le débarquement du bateau et la mise en place sur ce nouveau carreau des Halles.

D’où cette prodigieuse atmosphère de retour de pêche…

Les moules de Bouchot attendent collé-serré l’heure du court-bouillon,

Le thon à peine remonté des eaux repose ses ailerons sur un lit de glace,

Et les anchois sont si frais qu’ils paraissent frétiller encore dans leur bocal de polystyrène.

Soudain, les enfants tombent en arrêt :

Un remake des « Dents de la mer » ?

Non, mais il est vrai que la baudroie, si goûteuse dans nos assiettes, fait partie des « gueules » les plus monstrueuses de notre casting sous-marin. Un sourire à faire frémir…

Un autre, en revanche, dissimule avec talent la cisaille de sa mâchoire :

Mais oui, voyez la douce prunelle de ce requin, et son long museau gris soyeux… Dorénavant, il ne menace plus guère la petite famille calmar qui loge à l’étage du dessous !

La balade au Pavillon 4, source infinie de plaisirs pour les petits et les grands, se fait sous l’oeil débonnaire des travailleurs du lieu. Dans leur fief, ils affichent le sourire réconfortant des pros qui aiment leur métier, et ont la chance de pouvoir le pratiquer.

D’ailleurs, après minuit, ce sont eux qu’on retrouvera en voisins de table à La Marée, entre le négociant épanoui et le routier sympa. A moins que ce ne soit une bande de noctambules, conduite par un valeureux capitaine de soirée, qui ait décidé de clôturer sa virée par un vrai régal et un soupçon d’insolite.

A la Marée
2, Place des pêcheurs
94150 Rungis
Du lundi au vendredi 24 heures sur 24
01 46 86 97 34
alamaree.fr
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Chez Omar, couscous et sourire compris !

Soit, dès l’entrée la déco peut brouiller les pistes : miroirs muraux, zinc et moulures façon XIXème Art Déco… le profane qui découvre l’endroit croit reconnaître sur-le-champ la bonne brasserie des familles et son andouillette frites !

Plus forte est l’illusion, meilleure est la surprise…

Au diable pour cette fois le pot-au-feu de nos grands-mères et son inséparable os à moelle, si le serveur rafraîchit à toute allure la robe immaculée de ses tables, c’est pour faire honneur à la gastronomie d’Alger la Blanche, et très vite, c’est Monsieur Omar, l’affable et volubile Monsieur Omar qui vous le dit ! Ah Monsieur Omar, son vrai fonds de commerce, c’est la générosité…

Chouf, il y a vraiment des images qui se passent de mots…

ou alors les plus brefs, les essentiels, les meilleurs, comme ‘bravo’ ou ‘merci’, ‘on peut se resservir’ ?

Inutile de déclencher la polémique, il est vain de vouloir élire le meilleur couscous de Paris… mais celui-ci, à l’image du patron, c’est de chaleur et de convivialité qu’il déborde ! Et idem pour la kefta et la pastilla de poulet, c’est l’ambiance du lieu qui fait toute leur valeur ajoutée.

Un mot pour chacun et un sourire pour tous, de franches poignées de main distribuées à la ronde, Monsieur Omar fait partie de ces hôtes qui illuminent une journée et font oublier le temps de la montre (accessoire que dédaigne l’intéressé).

Il aime ses contemporains Monsieur Omar, et il vous le fait savoir. Une tchatche comme on n’en fait qu’aux abords de la Méditerranée, où se bousculent pêle-mêle les langues étrangères et les souvenirs d’une vie gourmande de l’existence.

Sa carte elle-même est une invitation qui en dit long : Entre amis, A toutes occasions familiales, Aux artistes après leur spectacle, Je vous souhaite la Bienvenue, Dans une ambiance, Autour de mon couscous… A très bientôt !

La cuisine de Monsieur Omar, c’est beaucoup plus que des recettes.

L’empreinte est si forte que même en son absence, l’âme du patron infuse… Ainsi l’autre soir, où je cherchais à le rencontrer après une réunion aussi pesante que tardive : le chef n’était plus là, mais en sirotant ce thé gracieusement offert, j’ai pris un vrai répit en m’abandonnant à l’esprit des lieux.

Vous aurez compris que l’endroit n’est propice ni à l’intimité ni aux tête-à-tête : les serveurs se pressent entre les tables, la rumeur générale résonne de rires, d’apostrophes et du cliquetis des couverts. Outre quelques touristes, on y côtoie une aimable cohue d’habitués, plutôt fashion (nous sommes dans le Haut Marais, s’il vous plaît). Pour ceux-là, Omar est depuis fort longtemps une institution…

Il vous brûle vous aussi de connaître ce formidable amphitryon ? Poussez donc la porte du 47 rue de Bretagne.

Omar ne prend pas de réservation, mais vous garantit sourire large et coeur grand ouvert, inch’Allah !

Chez Omar
47, Rue de Bretagne
75003 Paris
Tél : 01 42 72 36 26
Ouvert tous les jours sauf le dimanche midi
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Dans Arles où sont les Aliscams…

L’été passe toujours trop vite.

J’en appelle à la poésie pour dire mon au revoir au soleil, et à la photographie pour faire danser la mémoire d’une belle journée d’été…

Fermons les yeux pour mieux les rouvrir…

Voilà, on y est, et n’oubliez pas de mettre du son sur les images, sans quoi vous seriez privés du chant des cigales.

Sous sa croûte épaisse le pain est tout frais, le melon sucré et l’orange bien pressée, nous sommes en Arles et à l’heure qu’il est, on entend encore le crissement des chaises qu’on traîne en terrasse…

Non loin l’effigie de Mistral domine la place, le feutre surmontant la barbiche à l’impériale, mais une façade couleur de tournesol fait encore plus d’amateurs. Jadis baptisé « Café de Nuit » sur l’une des toiles de son plus célèbre pensionnaire, il fait dès le matin l’objet d’un contre-champ remarquable :

Je ne blâme rien et encore moins ne ricane, j’ai moi-même l’oeil rivé à l’objectif, avide des beautés du jour et de la ville. Ici, hommage à Daudet, chacun cherche son Arlésienne et le regard picore alentour, tâchant de rendre à la réalité tout son grain…

Sur les étals des marchés, il y a de quoi régaler le poète et le gourmand, les couleurs chatoient,

et dans les paniers du vieux vannier de Vallabrègues, par amour du contraste, presque se chamaillent.

On y voit comme on entend les reliefs de la belle langue occitane, reproduits par Christian Lacroix, autre enfant du pays, dans ses étoffes et ses broderies.

Les sens au complet jubilent lorsqu’arrive tranquillement l’heure de se mettre à table, et de retrouver les mêmes trésors au coeur de l’assiette :

L’oignon tendre, l’aubergine et la tomate rôties expriment toute leur âme comme s’ils rendaient grâce à la bonne terre qui les a nourris. Le poivron se pâme en coulis… Pour ceux qui ne sauraient pas encore que la cuisine est une déclaration d’amour !

On sort de table délicieusement alanguis et pourtant on résiste à l’appel de la sieste : l’été arlésien, fidèle à ses « Rencontres », trouve aussi couleurs et lumière auprès de ses artistes invités.

Les portes de la ville et de son patrimoine s’ouvrent aux créations les plus contemporaines, l’art n’a pas d’âge et dissout les frontières. Clic clac, un slogan, un seul :

Laisser-passer pour le laisser voir, notre regard s’enrichit partout de celui d’autrui.

Le temps a-t-il tant passé que déjà le soir tombe sur les volets bleu gris de la place Saint-Trophime ?

Vite vite, on prie pour que jamais la journée ne s’achève et déjà on envisage de jouer les prolongations !

Un billard, un verre…

… à condition d’enchaîner sur un concert aux arènes ! L’air est saturé de musique et de chaleur, la tête tourne un peu, l’ivresse du moment réinvente avec talent les antiques jeux du cirque.

La nuit finit par imposer sa loi. De retour place du Forum, c’est la façade un peu blafarde du Grand Hôtel Nord-Pinus qui me le dit… Sous le ciel de sombre outremer, elle me raconte la mémoire de l’endroit qui fut jadis un relais de diligence, et bien plus tard le repaire d’une bohème artiste qui en fit la légende : n’entendez-vous pas sourdre des vieux murs les éclats de voix de Picasso, initiant aux frissons de la tauromachie son ami Cocteau ?

L’été s’en va lui aussi rôder pour un temps au pays des ombres.

Que Mistral nous pardonne, c’est avec les nobles rimes de         Paul-Jean Toulet que nous lui faisons l’au revoir :

Dans Arles, où sont les Aliscams,
Quand l’ombre est rouge, sous les roses,
Et clair le temps,
Prends garde à la douceur des choses,
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton coeur trop lourd,
Et que se taisent les colombes :
Parle tout bas si c’est d’amour,
Au bord des tombes.
 

Le marché d’Arles ? On en parlait déjà au Vème siècle : Tout ce que l’Orient, tout ce que l’Arabie aux parfums pénétrants, tout ce que l’Assyrie féconde peuvent produire, tout cela se rencontre à Arles en une aussi grande abondance que dans les pays d’origine

Tous les samedis, boulevard des Lices, de 8h à 12h45.

Juste « A Côté », 21 rue des Carmes, l’excellent bistrot du chef étoilé Jean-Luc Rabanel


www.bistro-acote.com

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