Rencontres Gourmandes
Par Christophe Kaprélian

Mon Royaume pour une auberge ? Oui mais celle du Roi Gradlon !

Comme toutes les belles histoires, celle-ci commence par Il était une fois… Après quelque avanie dont je vous passerai les péripéties, j’avais été forcé de remiser mon carrosse à l’écurie, et bien que fort marri je traçais mon chemin sur mes deux pieds, quêtant alentour quelque taverne… Dame, le mauvais sort ne m’avait point coupé l’appétit !

Bien que l’entrée fut discrète, à l’angle de la rue Broca et du boulevard Arago, je me laissai tenter par un écusson figurant le heaume d’un fier chevalier : ainsi donc me disait l’enseigne, nous étions rendus chez le Roi Gradlon… allons et goûtons voir si sa table honore un tel blason !

Diantre, les lieux affichent d’emblée le grand style qui sied à un roi de Cornouaille et d’Armorique, parquet et mobilier de beau bois blond, poutres massives en charpente, murs de pierres apparentes sur lesquels pavoisent des marines, tentures où alternent le bleu de la mer et le blanc de l’écume… Et jusque dans l’assiette, subtile élégance, la serviette savamment dressée semble hisser la voilure. L’amour du détail donne illico à notre roi de légende ses premiers quartiers de noblesse…

… et la carte qui s’ouvre sur le nec plus ultra de la gastronomie bretonne ne les lui reprendra guère !

Tout le meilleur de la mer et du terroir se donne ici à saliver, homards, langoustines, huîtres et étrilles de roche, caviar et coquillages rares comme les ormeaux, qui ne se goûtent plus qu’aux meilleures tables… Champignons (comprenez bien sûr truffes et morilles, table de roi on a dit) et merveilles potagères ne sont pas en reste, ici on aime aussi l’oignon de Roscoff, on bichonne le rutabaga et on dorlote le topinambour, ne serait-ce que parce qu’ils font la parure du Kig Ha Farz, le succulent pot-au-feu de nos cousins bretons.

Tout est fin, savoureux, délicat, bien pensé et bien vite dégusté ! Ainsi de cette mise en bouche où l’on enrobe d’un beau beurre crémeux verdi de salicorne iodée de tendres rondelles de radis, fenouil, carotte et céleri… Je le confesse, le pain est si bon qu’il a droit lui aussi à la trempette. Pour la suite, j’en pince forcément pour le homard breton et ses jolis légumes de saison, puisque le hasard m’a précipité ici, je fais allégeance au prince des mers…

Le festin est tel que si messire Gradlon n’avait déjà la tête couronnée, c’est moi qui en ordonnerais le sacre ! Et je passe sous silence l’impérial Kouign Amann, sceptre de pâte dorée et croustillante, dégoulinant de caramel chaud au beurre salé, qui pourrait bien faire rimer le nom du monarque avec addiction.

Et l’addition ? Certes, de ce palais-là on ne ferait point sa cambuse quotidienne (comptez 40 euros par convive pour un déjeuner royal) mais cherchez, et trouvez la souveraine occasion ! Ne point taster de cette magnifique adresse serait crime de lèse-majesté.

Le Roi Gradlon
36, Bd Arago
75013 Paris
01 45 35 48 71
www.roigradlon.fr
Ouvert du Vendredi au mardi
Fermé les mercredi et jeudi
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