Rencontres Gourmandes
Par Christophe Kaprélian

Il barone, illico presto !

Ah on ne dira jamais assez combien les apparences peuvent tromper le gourmet en quête de délices renouvelées ! Voyez, si mon cher ami Alain Casabona dont la plume, disons-le, est aussi affûtée que le palais, ne m’y avait point exhorté à grands renforts de « aie confiance », j’aurais sans doute ignoré, indifférence coupable, la façade fort quelconque de cet Il barone !!

Et pourtant, pourtant, c’est bien ici que s’est joué le scénario de mon dernier vrai coup de coeur gastronomique.

Aucun artifice esthétique, mais quand même, une fois franchi le cap de l’arrière-salle, l’apparition de cette machine a pasta trônant comme reine en son royaume a fini d’emporter la confiance préconisée par Alain…

 

Bienvenue en Calabre, pays natal des deux aimables fratelli qui ont repris l’enseigne de leur oncle, et ne laisseraient pour rien au monde la confection de leurs pâtes fraîches à autrui. Et il faut bien le dire, cette pérennité dans la tradition culinaire, ce coeur mis à la pâte, m’a valu de déguster des tagliatelles au ragoût de canard sans égales..

 

Cuisson parfaite il va sans dire, des rubans al dente, enrobés d’un jus riche et goûteux comme on n’en obtient qu’après des heures de vigilance amoureuse au-dessus de la marmite familiale… Le tout servi en portion copieuse, généreuse comme le coeur-même de la Mamma ! Du coeur, encore du coeur, oui il s’agit bien de cela.

Mais l’enthousiasme me fait brûler des étapes que je m’en voudrais de taire. L’entrée fut un inédit mémorable, un scénario tout neuf mais définitivement consigné dans mes archives gourmandes :

 

La salade Puntarella, faite à partir de « puntarelle », drôle de légume d’hiver faisant un peu penser à un bouquet de nos asperges – et qu’on apprécie tant là-bas qu’on la sert au dîner de Noël. Préparée ici à la romaine, soit effilée puis arrosée de citron et agrémentée d’une merveilleuse sauce aux anchois… simplicité divine pour un plaisir intense ! Il faut dire que chez Il barone, on ne plaisante pas avec les spécialités du cru, pas plus avec la truffe blanche récoltée à Alba d’octobre à décembre qu’avec la « cima di rapa », soit les extrêmités tendres et parfumées d’une sorte de brocoli transalpin, servi avec de délicates pâtes sous le nom d’Orecchiette Rape – je les ai goûtées le lendemain, une telle adresse vaut bien un bis repetita !

 

La réussite des grands classiques, souvent galvaudés par leur succès, fait courir l’éloge sans le moindre bémol : le Tiramisu tout à la fois crémeux et aérien se savoure les yeux fermés, et je ne vous parle pas (goûtez-y !) du Zabaione al Marsala, préparé minute, dont la caresse sur les papilles éclipse subito presto toute contre-indication diététique…

 

Ajoutez à tout ceci une ambiance fort chaleureuse, quelques beaux flacons dont on vous conseillera savamment le choix et un rapport qualité/prix très digeste… que dire encore quand les plus grandes émotions se témoignent en silence ? Faites confiance à votre serviteur comme à l’ami qui vous veut du bien, et courez-y sans attendre !!

Il barone
5, Rue Léopold Robert
75014 Paris
01 43 20 87 14
www.restaurantilbarone.com
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