Rencontres Gourmandes
Par Christophe Kaprélian

Secrets d’asperge


Choisissez-la tendre et charnue sur l’étal de votre maraîcher préféré, ligotez-la délicatement le temps d’un bain bouillonnant… Tandis que la belle s’égoutte en liberté, montez-lui une sauce de votre choix qui l’habillera comme une robe de saveurs bien ajustées.
Une nappe, deux assiettes, un rouge frais et gouleyant qui ajoutera sa douce ivresse à celle du printemps, c’est prêt !
Reine des beaux jours, l’asperge a mille vertus et une odorante singularité, celle de « changer [son] pot de chambre en un vase de parfum » poétisée jadis par l’ami Proust. On ajoutera que conviviale et sans manières, elle peut se manger avec les doigts, et fichtre, puisque maître Marcel nous invite dans le domaine de l’intime, je ne résiste pas à vous offrir cette pépite pêchée dans un « Manuel de civilité pour les petites filles » daté des années 30 : « Ne faites pas aller et venir une asperge dans votre bouche en regardant languissamment le jeune homme que vous voulez séduire »!!!
Restons sobres et résumons-nous : Manger des asperges, c’est savoir vivre… !

Lire la suite | Ajouter un commentaire | aucun commentaire

Pouilly-Reuilly, bistrot à remonter le temps

Chers amis internautes, il est de ces adresses rares où l’on se sent délicieusement à l’abri de la rumeur du monde et du temps qui passe… Quel type de magie oeuvre donc au Pouilly-Reuilly, institution bistronomique de l’Est parisien, pour que l’homme pressé voire le geek rivé à ses écrans se sentent soudain happés par un air d’autrefois, une douce atmosphère (c’est Arletty qui le dit) de banlieue parisienne comme savait si bien la croquer le tandem Carné-Prévert ? C’est que tout y est, et le plan d’ensemble est superbe : le zinc rétro, l’horloge sous le néon, la déco chinée au coup de coeur, les boiseries patinées qui ont vu passer des générations de bons vivants…
Et dans les assiettes mes enfants, sur de belles nappes en tissu cela va de soi, c’est toute la cuisine des terroirs qui donne son goût au chef-d’oeuvre !
Pour sûr, voir ce qui se mitonne en cuisine c’est un peu enfourcher sa petite reine pour un tour de France des saveurs. On roule volontiers en danseuse pour aviser l’horizon gourmand : escargots beurre d’ail, museau-vinaigrette, ris de veau aux morilles, rognons sauce moutarde, confit de canard… Colette l’enchanteresse me susurre – adresse magique vous ai-je dit – l’étape bourguignonne et son oeuf meurette : vous connaissez votre serviteur, aux manettes de « Madame est servie », ce que femme veut… J’acquiesce et m’en félicite ! L’oeuf poché cisaillé avec tendresse répand son jaune d’or sur un lit rougi de bon vin, garni de champignons dodus, de lardons frémissants, d’oignons et d’échalotes dorés au beurre, le tout imbibant de jolies tranchettes de pain grillé, frottées d’ail et de persil… Bon sang, une merveille ! Le délice me fait soupirer d’aise, et je sais déjà que je reviendrai au Pré Saint-Gervais pour cet oeuf-là, le goût de foudre !
J’admire les belles frites tranchées main qui accompagnent les viandes de mes voisins mais je fais mine d’être sage en préférant une garniture de petits légumes fondants pour tenir compagnie à l’agneau de lait, modèle de saveur et de tendreté. Le moelleux est partout, dans le rythme des conversations, dans le sourire de la jeune patronne, dans les flacons débouchés d’un geste précis et généreux… Quand l’instant est à ce point parfait, il rime avec éternité.
Je goûterai une prochaine fois au somptueux plateau de fromages qui vous lance son invitation dès l’entrée, et enchaîne sans mollir avec le mille-feuille maison dont le mélange de croquant et d’onctuosité fait encore perfection. La carte des desserts est ramassée mais ne propose que du meilleur en admirables portions, je vois passer l’éclair au chocolat géant et regrette presque le baba au rhum… Pincement de courte durée puisque sa réplique en version mignardise, coiffée de chantilly mousseuse, fait escorte au café. Une savoureuse élégance, comme le service en mazagran de verre.
Vous aurez compris pourquoi il est prudent de réserver sa table dans cet endroit pourtant niché aux portes de Paris, et dans une rue peu passante… C’est qu’ici on vient de partout pour oublier l’horloge, et se régaler de produits succulents mitonnés à la façon d’un autre siècle. Bien sûr l’adresse a ses habitués, fines gueules qui savent faire la part entre authenticité et modernité, jadis un président y eut même sa table. Mais on y accueillera tout aussi bien un cycliste aux allures de Gabin, la casquette vissée sur l’oeil, parti cueillir les premiers lilas pour son amoureuse…
Le Pouilly-Reuilly
68, Rue André Joineau
93310 Pré Saint Gervais
Tél: 01 48 45 14 59
Lire la suite | Ajouter un commentaire | aucun commentaire
Designed by MMCréation 2011'
+