A voir l’allure du parking, on est tout de suite renseigné sur l’endroit.
Ici on aime la balade nez au vent et se régaler de plaisirs simples.
Une atmosphère pimpante comme une chanson de Montand, sauf que sur la bicyclette Inga a pris la place de Paulette : nous sommes au Café Suédois, lui-même accolé à l’Institut Culturel suédois installé depuis 1971 dans les murs du très bel Hôtel de Marle.
Preuve qu’une balade au Marais peut ressembler à autre chose qu’à un long marathon mercantile où l’on se pousse du coude et du klaxon… Bifurquez dans la rue Payenne, franchissez la grande porte bleue, et profitez sans délai d’un joli moment d’art de vivre à la scandinave.
Du calme, des visages avenants, et un festival de bonnes petites choses à grignoter, préparées sur place et fraîches du matin. Soupes maison – glacées en été, tartines et sandwiches de pain noir garnis à la mode du pays (hareng, boulettes de viande, saumon mariné, concombre et crème fraîche), et un assortiment changeant de pâtisseries où président gâteau aux carottes et tarte aux airelles.
C’est simple, sain, délicieux, à conjuguer avec un jus fraîchement pressé ou une tasse de café noir gentiment allongé.
Le must, quand le soleil de mars anticipe sur l’été : s’installer sur les jolies nappettes roses et vertes de la cour pavée, ou alors…
… faire le plein d’oxygène côté jardin, idéal si vos bambins ont des fourmis dans les jambes.
Pour les grands aussi, c’est un jeu d’enfant : on passe commande à l’intérieur (mobilier de bois clair aux lignes épurées, papa Ikéa est passé par là), on s’installe en toute liberté, et on n’oublie pas de débarrasser son assiette en quittant la table. Un charmant esprit de communauté qui va de pair avec la douceur des prix, et d’autant plus agréable qu’au comptoir vos hôtesses sont aussi blondes que souriantes… suédoises quoi !
Le café Suédois
11, Rue Payenne
75003 Paris
01 44 78 80 11
Le temps où son Ventre hébergeait des milliers d’anonymes, porteurs, vendeurs, glaneurs et se mettait à grouiller aux toutes premières heures du matin, avant de remballer pour laisser le Carreau net à la cloche de midi.
C’était hier et c’est bien loin, pour un bébé de 68 tombé du ciel avec les pavés de Saint-Germain.
Heureusement Doisneau était là, le coeur à l’objectif.
Et hop ! Il suffit de passer le porche de l’Hôtel de Ville pour rencontrer ce Paris révolu et passer un moment en tête-à-tête avec des portraits qui font déborder la vie du cadre.
Doisneau était un amoureux du peuple des Halles, et dans cette foule il était chez lui. Il n’y a qu’à voir la franchise des regards et des sourires qu’on lui adresse, seul un « gars de la famille » peut récolter ça.
Une générosité qui impressionne, l’âme comme la pellicule. Et des décennies plus tard, le dialogue continue.
Une carrure d’Hercule mais rien d’un fier à bras… Une montagne de muscles à l’épreuve de la viande, héros pur jus.
J’ai lu que pour être élu « Fort des Halles », le candidat mis à l’épreuve devait tracter une charge de 200 kilos sur une distance de 60 mètres. A qui le tour ?
La puissance n’est pas qu’affaire de biceps, elle peut aussi surgir dans un nuage de fumée, brouillard d’émotion brute et de tendresse, au moment de la pause.
Le temps d’une caresse à plus petit que soi.
Une certaine façon de placer l’homme dans son cadre, et sans grandiloquence, sacraliser le quotidien.
Le fromager dans sa crypte devient santon, saint patron de sa profession.
Et puis, comme des fleurs poussées sur le pavé, piquées ça et là dans cet univers d’hommes à la tâche, il y a les femmes !
Sans chichis ni falbalas, elles allument le soleil là où leurs sourires rayonnent.
Divines, dans l’apparat d’elles-mêmes, elles sont l’élan, la grâce…
… elles semblent inventer, en toute ingénuité, le sourire de la marchande,
Et d’une simple oeillade, sont bien capables de vous ravir le coeur !
Merveilleuse immersion dans un passé d’avant Facebook et Twitter, d’avant les paparazzis de la Toile et la diffusion des images en temps réel. On peut y éprouver un brin de nostalgie, comme ces visiteurs jadis contemporains des photos exposées, mais pas de regrets.
C’était mieux avant ? Non, c’était comme ça, avant.
Rungis a adapté au monde qui va ses produits et ses proportions, mais on y préfère encore la confiance et la négociation au régime bipé des codes barre. Les hommes se rencontrent, palabrent, se retrouvent au zinc… et diable, les femmes sont toujours aussi belles !
Du 8 février au 28 avril 2012
Hôtel de Ville de Paris
29, Rue de Rivoli
75001 Paris
Tous les jours sauf dimanches et fêtes de 10h à 19h. Dernier accès à 18h30.
Comptez 30 à 45 minutes d’attente.
C’était au soir d’une longue , ou plutôt d’une trop courte journée d’automne : l’obscurité avait gagné le jour, avant même l’heure délicieuse des scones et du darjeeling. Agenda bien rempli, je filai sur mes quatre roues dans le sillage de mes contemporains. Et puis, à l’approche de l’avenue Winston Churchill, un halo d’aurore, un faisceau diffus de satin rose.
Pause !
Tapis rouge, pour glisser tout droit au royaume des rêves ! Arche magique aux allures de meringue géante, villégiature d’Alice ou de Dame Tartine. Passé le porche, pas de lapin blanc en redingote, mais un hommage au grand Scorcese pour son dernier film.
La vie du cinéma à la rencontre du cinéma de la vie…et les lunettes 3D sont inutiles.
Personne n’aime tant Paris que celui qui sait s’en éloigner pour mieux y revenir, me voilà donc en échappée belle vers les promesses proverbiales de la douceur tourangelle.
Tours. Voilà 20 ans, allez savoir pourquoi, que je n’avais pas posé les pieds dans cette autre capitale, celle des Châteaux de la Loire jadis fief des Ducs d’Anjou et de Blois. Je ne suis pas un nostalgique de la fleur de lys et du manteau d’hermine, mais laissez-moi vous dire comment j’ai repris un goût subit pour les têtes couronnées…
Il est bientôt midi et, mon appétit en guise de boussole, j’ai repéré un petit bar à vins fort sympathique à deux pas des halles commerçantes de la ville. Mon horloge biologique est un peu précoce pour le patron, qu’à cela ne tienne ! Les étals du beau marché d’à côté me serviront de balade apéritive.
Bénies soient la patience et la curiosité qui me mènent sans détour vers le stand des Parcs de Saint-Kerber !
La belle entreprise familiale d’ostréiculteurs (depuis 1944) est représentée aujourd’hui par Pierre Pichot. L’homme me parle avec passion de sa production, savant mélange d’iode et d’amour du métier. Une dizaine de variétés, dont la majorité a souvent été primée au Concours général agricole. Parmi les trophées, les plates de Cancale, la pied-de-cheval, la Muirgen aux origines irlandaises, la Saint-Kerber au nom de la maison, douce et charnue dont l’attaque un peu salée en bouche parle de son élevage dans la baie du mont Saint-Michel…
Et puis il y a le trésor, la rareté qui n’est commercialisée que depuis 2004, celle qui étale sa nacre royale sous l’aigle bicéphale des armoiries russes : la Tsarskaya, littéralement l’huître des tsars.
Une variété grand crû, cultivée en hommage aux souverains de la grande Russie qui jadis se régalaient des huîtres cancalaises. Plus connue à l’export, où elle est livrée sur les plus grandes tables du monde. D’une saveur exceptionnelle, plus charnue et croquante que les autres, elle serait presque comparable à « un morceau de viande extrêmement tendre » , dont l’attaque iodée se convertit en une finale sucrée aux notes d’amandes douce…
Sur ce coquillage de roi, qu’il faut mâcher sans hâte pour en apprécier les nuances et les arômes, le traditionnel vinaigre à l’échalote serait un crime de lèse-majesté. On tolérera, à la grande rigueur, l’acidité d’une simple goutte de citron…hep, une seule vous a-t-on dit ! Certains privilèges méritent un peu de protocole.
Alors quoi, filer sur-le-champ à Tours ou à Cancale, ou attendre l’improbable bristol qui vous conviera pour les fêtes à la table de la Maison Blanche ou du Kremlin ? Que nenni, vous pourrez tâter aux délices de la tsarine au Dôme, institution gastronomique de Montparnasse. Et pssstt ! Mieux encore, elle fera bientôt son entrée impériale sur la carte de « Madame est Servie », na zdorovie !
Promesse tenue : pour goûter à cette huître grand crû,
vous pouvez dés à présent passer vos commandes
chez Madame est Servie ! 01 41 21 21 21