Coup de chapeau bien rose à cette terrasse qui joue la carte du printemps et fait du soleil son atout gagnant !
Allez-y, faites un plan large pour goûter aux joies de la perspective…
Voilà, vous êtes sur la jolie placette Saint Ferdinand, à l’abri du charivari monoxydé du quartier des Ternes.
Quelle Porte Maillot ? Ici, vous êtes à « La Maison » et les arbres reverdis qui s’imposent sur le minéral donneraient presque à l’endroit un parfum de province…
J’ai dit « presque » parce que le bistro en question, c’est toute l’âme du Paname des Années 30 !
Banquettes moleskine, lustres à globes, et sur le sol aux jolis carreaux polychromes, le ballet bien orchestré des garçons en gilet tout en gestes prompts et gouaille souriante.
Et qu’est-ce que ce sera pour ces dames ?
Pour le coup d’oeil à l’ardoise, retour en terrasse divinement exposée plein sud, où le soleil va bientôt nous chauffer le dos.
Une belle écriture ronde tracée à la craie annonce les saveurs du jour : le poireau vinaigrette et la joue de boeuf braisée sont à l’honneur. D’autres grands classiques s’affichent à la carte : oeuf mayo et salade de betteraves, foie gras de canard au Lillet pour les fines gueules.
Les plats de viande, 100% tradition, ont l’air superbe : je lorgne l’andouillette, ricoche sur le tartare et enjambe la côte à l’os…
… et une belle Entrecôte frites, une !
Je sais, un peu de vert dans l’assiette serait du meilleur effet et le vaste choix de garnitures ne me sert pas d’alibi : je vois passer avec un rien de scrupule salade verte et haricots verts frais. Mais les frites de La Maison sont… maison ! Une rareté qui vaut bien un petit excès. En échange, j’abdiquerai sur la tarte Tatin et l’affriolante sélection de glaces Berthillon. De toute façon, il y aura d’autres fois à La Maison car l’addition n’y fait pas d’ombre au soleil.
Les beaux jours ont leur adresse, on vous y conseille le séjour.
La Maison
28, Place Saint Ferdinand
75017 Paris
01 45 74 11 24
www.cafelamaison.com
Tout est maison à la maison
Curiosité gourmande dont le tam tam parisien fait des percussions chaudes depuis janvier, le Gyoza Bar est d’abord un défi aux règles du contenu et du contenant : comment une si petite enseigne peut-elle drainer autant de monde, dont l’enthousiasme s’agglutine régulièrement sur la dalle du Passage des Panoramas ? Après plusieurs tentatives découragées par la foule, ce jour-là je m’infiltre avec succès, titillé par l’appétit et la curiosité…
Déco inédite d’un lieu dédié à la bistronomie nippone, le design épuré et ses teintes sombres est du dernier chic new-yorkais : brique anthracite, verre fumé, l’endroit joue l’obscur jusque dans le vêtement des hôtesses toutes de noir vêtues, élégante composition nocturne où s’enchâsse un long bar de bois blond : centre de scène où tout s’éclaire, lumière sur la dégustation !
Minimalisme faisant loi, Schinito Saté, le chef doublement étoilé de l’adresse voisine – Passage 53 – propose ici une recette unique, monospécialité élevée à son point sublime et travaillée comme le contre-ut du soprane.
Dire qu’il s’agit d’un ravioli japonais galvauderait le produit : parlons donc du Gyoza, petit chausson replet en forme de croissant et grillé à l’unilatéral, mariage de fort bon aloi entre moelleux et croustillant.
Trempez le délicat croissant dans la sauce consacrée, dite ponzu, pour mieux en apprécier la farce : le mélange fondant de cochon tendre et goûteux (fourni par Hugo Desnoyer, star des bouchers) de gingembre, poireau et sésame, s’enrobe de la fraîcheur acidulée du soja mêlé d’agrumes.
Savante harmonie des contrastes, le chant des papilles en témoigne !
Rare satisfaction, le concept du luxe dans la simplicité s’étend à la gamme des tarifs : 6€ pour 8 pièces, 8 pour 12, 10 pour 16, la pause nippone ne se venge pas en fin de « Gyoza party ».
Le temps ou la patience vous manquent ? Vous avez la possibilité d’emporter les Gyozas sagement emboîtés en coffrets gourmands. Mais alors vous serez privés (ou exonérés, c’est selon) de l’ambiance sonore, autre inédit du lieu : le jazz un brin déjanté du groupe japonais « Soil et Pimp sessions », définitivement branché, que l’on goûte… ou pas !
Gyoza Bar
56, Passage des Panoramas
75002 Paris
01 44 82 00 62
C’est bientôt l’heure du déjeuner et je musarde, antennes aux aguets, sous la lumière diffuse du Passage des Panoramas.
Petite balade dans le temps comme je les aime, dans une architecture conçue il y a deux siècles et dont le coeur n’a cessé de battre, irrigué par le flux battant des commerces et des visiteurs. D’ailleurs, nous sommes à deux pas du célébrissime Grévin, il me suffirait d’un petit détour pour aller tirer mon chapeau à Chaplin et Voltaire…
Mais l’estomac tenaille, et ce sont des couverts géants, d’humeur bien rose, qui retiennent mon pas dans l’ici et maintenant !
Derrière les couverts de Gulliver se déploie une jolie perspective de tables proprettes, fort avenantes dans leur robe à carreaux. L’ardoise elle aussi est tentante, dans sa belle simplicité de plats de bistro qui fleure bon l’andouillette (garnie de tous ses A) et la salade museau vinaigrette.
C’est bath chez L’Ami Marco aurait dit Gabin, avant d’y emmener sa Morgan sans croquer toute sa solde de permissionnaire : entrées et desserts sont au prix unique de 3 euros.
Pour moi ce sera un plat en direct : je suis en confiance et je commande sans tergiverser. L’Ami Marco s’annonce rôtisseur, va pour le poulet bio !
Pas plus de chichis dans l’assiette que dans la déco, mais je me régale de mon choix : la cuisse est rôtie à point et sous ses courbes dodues, la chair est tendre et savoureuse. Et le bio est là, à n’en pas douter : je le reconnais à l’os qui résiste vaillamment sous les assauts de mon coup de fourchette. Frites maison tout à fait honorables, la salade sans trop d’intérêt remplit son office de fraîcheur.
Un vrai bon point pour ce petit gueuleton sans prétention. Une façon de se restaurer sainement et garder de quoi chiner dans l’insolite brocante qui vous tend les bras, là, dans la vitrine juste en face…
Univers hétéroclite de perles, de verroterie et de celluloïd : au 47 du Passage, un monde baroque et un brin désuet se prête à quelque rêverie digestive…
Réminiscences garanties et coup de chapeau au savant étalagiste qui a trouvé son inspiration dans le ventre de notre vieux coffre à jouets !
L’Ami Marco
22, Passage des Panoramas
75002 Paris
et
La boutique brocante
Tombées du Camion
44/47, Passage des Panoramas
75002 Paris
de 13h00 à 19h00 tous les jours
Las des Chinois qui japonisent sous le masque ! Rendons aux vrais maîtres sushi leur talent longuement éprouvé (depuis le Vème siècle quand même, date à laquelle se développe la riziculture au pays du Soleil Levant) et l’extraordinaire fraîcheur de leurs produits. Pour trouver l’authentique, soyez un peu kamikaze et foncez sans dévier jusqu’à la Porte Maillot… Derrière une sobre façade de bois qui peut tromper le badaud lambda, à vous la découverte de la perle rare !
Chez Kifuné, les sushis c’est Mondrian à la rencontre du Capitaine Achab !
Des couleurs en savante géométrie mariées au meilleur de la mer, sur le délicat riz vinaigré s’alanguissent de généreuses lamelles de chinchard, turbot, dorade, bonite, saumon – et quel saumon, oubliez là les mauvaises expériences où rivalisent le gras et l’insipide…
Comment reconnaître le goût de l’exigence et de l’ultra-frais ? Croquez !
Approchez… Regardez donc de plus près la prunelle corail, humide et bombée de ces oeufs qui débordent soyeusement leur nori, écrin d’algue séchée… Au palais, la perle captive rompt sa délicate enveloppe et offre comme une sève son jus iodé.
Evidemment, si Kifuné est un authentique sushi bar, réplique fidèle des tavernes japonaises, vous pourrez aussi y déguster de somptueux sashimis (triple accessit pour la seiche à l’oursin), des tempuras à la panure aérienne, des salades sans pareilles, telle l’Igiki, ma petite préférée, idéale en début de repas pour s’ouvrir les papilles…
… savante association d’algues, champignons et carottes, saupoudrée de sésame croquant.
La célébration du goût est une balade dont il faut arpenter tous les détours ! Surtout ne pas se refuser une deuxième entrée.
Délicieux dilemme : le rouleau de thon gras/ciboulette ou le tendre émincé de boeuf aux herbes, tout aussi divin ?
Un signe qui ne trompe pas : dans cet exceptionnel restaurant de poche, la clientèle qui se presse fait la place belle aux Japonais de la capitale, hommes d’affaires, expatriés et touristes avertis. Ils connaissent par coeur les meilleures adresses (celle-ci fait incontestablement partie du trio de tête), le style réservé du service, la ponctualité de mise, et le prix de la qualité (30€ le midi, comptez le double pour le soir).
Une adresse rare, à partager avec quelques élus…
Une réservation s’impose avant d’y emmener votre Madame Butterfly.
Kifuné 44, Rue Saint Ferdinand 75017 Paris 01 45 72 11 19
Il existe plusieurs trucs pour défier le baromètre dont l’aiguille reste pétrifiée par le gel : s’enfoncer jusqu’aux yeux sous votre couvre-chef préféré et rêver du jour où il vous protégera du soleil, revoir pour la ixième fois votre dvd de « Lauwrence d’Arabie » – et transpirer d’empathie avec Peter O’Toole, ou alors, pour un voyage des sens au grand complet, pousser la belle porte en bois sculpté du Timgad…
Il était une fois un décor de petit palais oriental avec stuc ouvragé, arcades en ogive, fontaine et lustres de cuivre… Ne cherchez pas Schéhérazade, ici elle ne distrait pas Sultan et courtisans alanguie sur un sofa, il est fort probable qu’elle distille son âme orientale du côté des cuisines. Il faut bien qu’une princesse de conte y ait glissé son charme pour que la graine du couscous soit aussi fine !
Ne comptez pas sur moi pour départager les fâcheux qui prétendent détenir la « vraie » recette du couscous, sous entendu la meilleure ! Chacun sait que la cuisine est d’abord affaire de coeur… Mais comme ma maman n’est pas marocaine, je n’ai aucun scrupule à m’émerveiller ici devant la graine moelleuse et roulée à la main dont on emplit généreusement mon assiette…
Dans un style irréprochable, à l’aune du cristal et de l’argenterie qui miroitent sur la table, voici que les légumes fondants dans leur bouillon d’épices sont servis en dôme fumant… encore meilleur quand ça brûle un peu, et qu’il faut préférer la délicieuse attente à la précipitation !
Une chair rosée et fondante sous une peau craquante et rôtie à souhait, l’épaule d’agneau, si je puis dire, me tend les bras. Saviez-vous que les gourmands de notre Hexagone classent le couscous dans la top liste de leurs plats favoris ? Je ne suis pas adepte des classements, mais j’ai juste le temps de valider avant d’enfourner la première bouchée, ô joie du mélange des saveurs…
Non, non ! crie l’évidence, après un couscous de cet acabit, vous n’avez plus faim… Le corps est empli de cette douce félicité derrière laquelle pointe bien vite l’appel de la sieste. Le corps oui, mais que faites-vous du rêve ? La tentation se déploie sur trois corolles superposées, sublime fleur d’Orient. Bien sûr que je prendrai un dessert !
Un chouia dit-on ici, en guise de litote gourmande.
Cigares miellés, loukoums soyeux, cornes de gazelle attendries de fleur d’oranger, oui, vous avez le droit de fermer les yeux… Je touche le nirvâna avec une briouate dont l’enveloppe croustillante libère sous la dent son coeur d’amande, et enchaîne dans ce parcours spirituel avec une petite gorgée de thé à la menthe, brûlant et sucré sous sa voilette mousseuse, symbole à lui seul du Sud et de sa chaleureuse hospitalité.
La tradition veut que l’on en déguste 3 verres, le breuvage gagnant chaque fois un peu plus d’amertume – comme la vie, l’amour et la mort sussure l’adage, j’y ajoute des vertus toniques et digestives bienvenues en clôture de festin !
Voilà, vous êtes à deux pas de la place Saint-Ferdinand et pourtant vous avez quitté Paris, et votre âme vogue sur des dunes de plaisir… Evidemment, le voyage a un prix dans cette luxueuse méharée où vous croiserez peut-être quelques représentants du Tout-Paris, mais la qualité du service s’ajoute au dépaysement. Et si vous n’êtes pas venu jusque là en tapis volant, vous apprécierez sans doute le voiturier qui se charge diligemment d’avancer votre carrosse…
Timgad 21, Rue de Brunel 75017 Paris 01 45 74 23 70