Rencontres Gourmandes
Par Christophe Kaprélian

Mon Marché en Provence

Aix, Eygalières, Aubagne, Cotignac… la balade s’étire mollement sous le soleil du Midi, jusqu’à ce que la rumeur gourmande du marché sonne le réveil des papilles !

La belle harangue à l’accent chantant fait vibrer mon oreille, les couleurs des étals flattent ma prunelle, et bientôt les effluves de fleurs et d’herbes complètent ce festival des sens…

 » Voyez un peu ici môssieur, mes belles aubergines ! Té vé, que de la pulpe, quasiment pas de graines ! »

Le légume oblongue est sans conteste un joyau du jardinet où il a été cueilli le matin-même.

Robe luisante, bien lourd dans la main, et pas gorgé d’eau comme trop souvent… Nec plus ultra, j’ai sous les yeux des variétés dont la diversité mêle formes et couleurs, une sorte de version potagère des Nymphéas de Monet.

Comme on est loin du calibrage et de l’uniformité qui feraient presque croire que les légumes ont poussé sagement à l’identique, en rangs d’oignon dans leurs cageots !

Idem pour les tomates charnues et généreusement difformes qui appâtent le chaland sur l’étal d’à côté. Je goûte à l’une de ces tentatrices : la pomme d’amour, juteuse et sucrée, tient toutes ses promesses… Et je songe à l’escroquerie de certains labels qui se targuent d’avoir remis au goût du jour de soi-disant variétés anciennes : le régal s’arrête le plus souvent à l’étiquette. Trêve d’amertume, je me mets en quête d’une huile d’olive parfumée qui sera à la hauteur de ma récolte maraîchère…

Mon panier est plein à craquer, sur son sommet un fagot de lavande joue les équilibristes… Mes sens en alerte et le soleil au zénith me rappellent à une autre priorité : boudiou l’heure de l’anisette !

« La Provence » sous le bras, je m’installe juste là, sur une petite terrasse dont la fraîche tonnelle a déjà fait nombre d’amateurs. On rit, on se galèje, on se houspille, on déguste comme un festin les fèves et les petites niçoises, perles noires et bien dodues, servies avec les verres. Qué pastis… Et surtout quel miracle de convivialité!

Je confesse totalement le plagiat : chez Madame est servie le « Cocktail provençal » est une copie en tous points fidèle de ce moment de grâce emprunté à nos amis du Midi. Goûtez donc aux « Délices d’Honorine » et au plaisir des glaçons tintant dans les verres, je vous promets que vous entendrez bientôt chanter les cigales !

Madame est Servie!

Traiteur préféré du cinéma

www.madameestservie.com

01 41 21 21 21

 

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Le fruit à la bouche

Vous avez bien le souvenir d’une maman ou d’une aïeule penchée sur sa marmite ou son fait-tout, surveillant avec amour les glouglous des premières confitures de l’année ?

Les fruits n’ont pas été achetés ou cueillis au hasard, ils sont à belle maturité, et si leur peau s’est un peu fendue sous la morsure du soleil, ce n’est pas un mal…

Au final, des pots souvent dépareillés, parce qu’on les a récupérés de l’année dernière, alignent leurs délices colorées sur les étagères de la cave ou du garde-manger. Une étiquette toute simple vient rappeler aux gourmands la nature de la cuvée, que l’on n’aille pas confondre l’ambre doré de la poire et de la mirabelle!

C’est ce divin rituel qui m’est revenu en mémoire et au palais en entrant dans cette petite épicerie de village…

Loin des codes barre, du racolage des discounters et des slogans de supermarchés.

 

Confiture du Mas des Gallons
Epicerie du village d’Eygalières
La nouvelle maison d’Anais
Rue de la République
13810 Eygalières

 

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Rencontre trouvillaise

Mieux qu’un aéropage en goguette de stars en lunettes noires…

Elles ont l’oeil vif et l’écaille luisante, et pas bégueules pour deux sous, elles sont toutes prêtes à accepter votre invitation à dîner… Et même à passer gentiment à la casserole ! N’hésitez pas à leur passer la crème, elles adorent ça.

 

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Boulevard des délices

Le voyage commence de nuit, si tôt qu’on croit rêver encore.

Fermez les yeux et suivez le guide…

232 hectares. Le plus grand marché de produits frais au monde.

Une ville, que dis-je, une planète, une galaxie dont l’idée aurait pu germer dans l’imaginaire d’auteurs de SF amoureux du goût. Achalandée par camions, trains, avions, une sorte de cyber-carrefour des saveurs matérialisé à 7 petits kilomètres de Paris… C’est le point du jour et le moment de vous secouer les sens, la balade commence !

« Homme libre toujours tu chériras la mer » écrivait le poète, et « à ses meilleurs produits tu goûteras » renchérit le gourmand…

Pardon mes belles, je vous vois déjà au court-bouillon ou en timbale !

Le monde n’est plus dépeuplé quand vos semblables vous y attendent : sur 1400 fournisseurs, 15 d’entre eux sont mes interlocuteurs de choix. Depuis des années, ils réservent d’office à Madame est servie une sélection exigeante de leurs produits, car qualité rime le plus souvent avec petit volume.

Le miracle ne tient pas tant dans l’immensité de ces lieux, mais dans la chaleur humaine et authentique qui y règne malgré tout. A chaque spécialité répond un sourire, un conseil et un prénom. Et le bon vieux carnet de commandes qui n’a pas encore abdiqué devant l’I-Pad.

Ici, c’est Franck qui m’aura mis de côté le bel oignon primeur au bulbe nacré, et le jeune radis croquant dans son habit rose et blanc…

« Tu comprends, c’est comme ça qu’il me les faut ! » s’enthousiasme votre serviteur devant les cageots fraîchement arrivés des exquises cerises de l’Yonne. Celles-ci se font toujours un peu attendre, même si cette année le soleil a précipité leur belle maturité. Et les voilà, ô joie, bijoux grenats et éphémères qui sonnent le vrai début de l’été !

Hmmm, chaque année le même bonheur renouvelé… Les cerises de chez Rapineau ne manquent jamais à leur réputation de valeur sûre. Le fruit croque un peu, et distille en bouche son inimitable jus sucré. Est-on certain que la pomme qui a tenté Adam n’était pas une cerise de l’Yonne ?

Âmes sensibles s’abstenir, ne tentez pas d’imaginer cette bonne Charolaise en train de gambiller dans son pré… Mais plutôt la somptueuse côte de boeuf, frémissant sur le grill du barbecue au soir d’une belle journée d’été. Le rosé est au frais et la ratte du Touquet confit lentement dans sa robe de thym frais… Toujours pas d’amateurs ?

Je suis déjà passé chez « Flag » (pour ‘flagrant délice’ ?) qui préside pour moi au rayon beurre-oeuf-fromage, et me voilà chez Patrice, spécialiste des AOC d’Auvergne et d’Aveyron. Un bon Saint-Nectaire fermier, moulé au lait crû après la traite et affiné en cave 3 à 8 semaines, se reconnaît immanquablement à la plaque de caséine verte apposée sur sa croûte.

J’ai déjà l’affaire en main et l’eau à la bouche.

« Nous sommes les roses, dirent les roses. Ah ! fit le Petit Prince (…) ».

Sur le boulevard des Délices, les parfums se suivent et ne se ressemblent pas.

A Rungis, la rencontre est gourmande mais pas que.

Ces nonnes croisées en fin de marché n’ont rien d’une apparition : le Bon et le Beau, c’est sacré !

 

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