Curiosité gourmande dont le tam tam parisien fait des percussions chaudes depuis janvier, le Gyoza Bar est d’abord un défi aux règles du contenu et du contenant : comment une si petite enseigne peut-elle drainer autant de monde, dont l’enthousiasme s’agglutine régulièrement sur la dalle du Passage des Panoramas ? Après plusieurs tentatives découragées par la foule, ce jour-là je m’infiltre avec succès, titillé par l’appétit et la curiosité…
Déco inédite d’un lieu dédié à la bistronomie nippone, le design épuré et ses teintes sombres est du dernier chic new-yorkais : brique anthracite, verre fumé, l’endroit joue l’obscur jusque dans le vêtement des hôtesses toutes de noir vêtues, élégante composition nocturne où s’enchâsse un long bar de bois blond : centre de scène où tout s’éclaire, lumière sur la dégustation !
Minimalisme faisant loi, Schinito Saté, le chef doublement étoilé de l’adresse voisine – Passage 53 – propose ici une recette unique, monospécialité élevée à son point sublime et travaillée comme le contre-ut du soprane.
Dire qu’il s’agit d’un ravioli japonais galvauderait le produit : parlons donc du Gyoza, petit chausson replet en forme de croissant et grillé à l’unilatéral, mariage de fort bon aloi entre moelleux et croustillant.
Trempez le délicat croissant dans la sauce consacrée, dite ponzu, pour mieux en apprécier la farce : le mélange fondant de cochon tendre et goûteux (fourni par Hugo Desnoyer, star des bouchers) de gingembre, poireau et sésame, s’enrobe de la fraîcheur acidulée du soja mêlé d’agrumes.
Savante harmonie des contrastes, le chant des papilles en témoigne !
Rare satisfaction, le concept du luxe dans la simplicité s’étend à la gamme des tarifs : 6€ pour 8 pièces, 8 pour 12, 10 pour 16, la pause nippone ne se venge pas en fin de « Gyoza party ».
Le temps ou la patience vous manquent ? Vous avez la possibilité d’emporter les Gyozas sagement emboîtés en coffrets gourmands. Mais alors vous serez privés (ou exonérés, c’est selon) de l’ambiance sonore, autre inédit du lieu : le jazz un brin déjanté du groupe japonais « Soil et Pimp sessions », définitivement branché, que l’on goûte… ou pas !
Gyoza Bar
56, Passage des Panoramas
75002 Paris
01 44 82 00 62
C’est bientôt l’heure du déjeuner et je musarde, antennes aux aguets, sous la lumière diffuse du Passage des Panoramas.
Petite balade dans le temps comme je les aime, dans une architecture conçue il y a deux siècles et dont le coeur n’a cessé de battre, irrigué par le flux battant des commerces et des visiteurs. D’ailleurs, nous sommes à deux pas du célébrissime Grévin, il me suffirait d’un petit détour pour aller tirer mon chapeau à Chaplin et Voltaire…
Mais l’estomac tenaille, et ce sont des couverts géants, d’humeur bien rose, qui retiennent mon pas dans l’ici et maintenant !
Derrière les couverts de Gulliver se déploie une jolie perspective de tables proprettes, fort avenantes dans leur robe à carreaux. L’ardoise elle aussi est tentante, dans sa belle simplicité de plats de bistro qui fleure bon l’andouillette (garnie de tous ses A) et la salade museau vinaigrette.
C’est bath chez L’Ami Marco aurait dit Gabin, avant d’y emmener sa Morgan sans croquer toute sa solde de permissionnaire : entrées et desserts sont au prix unique de 3 euros.
Pour moi ce sera un plat en direct : je suis en confiance et je commande sans tergiverser. L’Ami Marco s’annonce rôtisseur, va pour le poulet bio !
Pas plus de chichis dans l’assiette que dans la déco, mais je me régale de mon choix : la cuisse est rôtie à point et sous ses courbes dodues, la chair est tendre et savoureuse. Et le bio est là, à n’en pas douter : je le reconnais à l’os qui résiste vaillamment sous les assauts de mon coup de fourchette. Frites maison tout à fait honorables, la salade sans trop d’intérêt remplit son office de fraîcheur.
Un vrai bon point pour ce petit gueuleton sans prétention. Une façon de se restaurer sainement et garder de quoi chiner dans l’insolite brocante qui vous tend les bras, là, dans la vitrine juste en face…
Univers hétéroclite de perles, de verroterie et de celluloïd : au 47 du Passage, un monde baroque et un brin désuet se prête à quelque rêverie digestive…
Réminiscences garanties et coup de chapeau au savant étalagiste qui a trouvé son inspiration dans le ventre de notre vieux coffre à jouets !
L’Ami Marco
22, Passage des Panoramas
75002 Paris
et
La boutique brocante
Tombées du Camion
44/47, Passage des Panoramas
75002 Paris
de 13h00 à 19h00 tous les jours
A voir l’allure du parking, on est tout de suite renseigné sur l’endroit.
Ici on aime la balade nez au vent et se régaler de plaisirs simples.
Une atmosphère pimpante comme une chanson de Montand, sauf que sur la bicyclette Inga a pris la place de Paulette : nous sommes au Café Suédois, lui-même accolé à l’Institut Culturel suédois installé depuis 1971 dans les murs du très bel Hôtel de Marle.
Preuve qu’une balade au Marais peut ressembler à autre chose qu’à un long marathon mercantile où l’on se pousse du coude et du klaxon… Bifurquez dans la rue Payenne, franchissez la grande porte bleue, et profitez sans délai d’un joli moment d’art de vivre à la scandinave.
Du calme, des visages avenants, et un festival de bonnes petites choses à grignoter, préparées sur place et fraîches du matin. Soupes maison – glacées en été, tartines et sandwiches de pain noir garnis à la mode du pays (hareng, boulettes de viande, saumon mariné, concombre et crème fraîche), et un assortiment changeant de pâtisseries où président gâteau aux carottes et tarte aux airelles.
C’est simple, sain, délicieux, à conjuguer avec un jus fraîchement pressé ou une tasse de café noir gentiment allongé.
Le must, quand le soleil de mars anticipe sur l’été : s’installer sur les jolies nappettes roses et vertes de la cour pavée, ou alors…
… faire le plein d’oxygène côté jardin, idéal si vos bambins ont des fourmis dans les jambes.
Pour les grands aussi, c’est un jeu d’enfant : on passe commande à l’intérieur (mobilier de bois clair aux lignes épurées, papa Ikéa est passé par là), on s’installe en toute liberté, et on n’oublie pas de débarrasser son assiette en quittant la table. Un charmant esprit de communauté qui va de pair avec la douceur des prix, et d’autant plus agréable qu’au comptoir vos hôtesses sont aussi blondes que souriantes… suédoises quoi !
Le café Suédois
11, Rue Payenne
75003 Paris
01 44 78 80 11
Las des Chinois qui japonisent sous le masque ! Rendons aux vrais maîtres sushi leur talent longuement éprouvé (depuis le Vème siècle quand même, date à laquelle se développe la riziculture au pays du Soleil Levant) et l’extraordinaire fraîcheur de leurs produits. Pour trouver l’authentique, soyez un peu kamikaze et foncez sans dévier jusqu’à la Porte Maillot… Derrière une sobre façade de bois qui peut tromper le badaud lambda, à vous la découverte de la perle rare !
Chez Kifuné, les sushis c’est Mondrian à la rencontre du Capitaine Achab !
Des couleurs en savante géométrie mariées au meilleur de la mer, sur le délicat riz vinaigré s’alanguissent de généreuses lamelles de chinchard, turbot, dorade, bonite, saumon – et quel saumon, oubliez là les mauvaises expériences où rivalisent le gras et l’insipide…
Comment reconnaître le goût de l’exigence et de l’ultra-frais ? Croquez !
Approchez… Regardez donc de plus près la prunelle corail, humide et bombée de ces oeufs qui débordent soyeusement leur nori, écrin d’algue séchée… Au palais, la perle captive rompt sa délicate enveloppe et offre comme une sève son jus iodé.
Evidemment, si Kifuné est un authentique sushi bar, réplique fidèle des tavernes japonaises, vous pourrez aussi y déguster de somptueux sashimis (triple accessit pour la seiche à l’oursin), des tempuras à la panure aérienne, des salades sans pareilles, telle l’Igiki, ma petite préférée, idéale en début de repas pour s’ouvrir les papilles…
… savante association d’algues, champignons et carottes, saupoudrée de sésame croquant.
La célébration du goût est une balade dont il faut arpenter tous les détours ! Surtout ne pas se refuser une deuxième entrée.
Délicieux dilemme : le rouleau de thon gras/ciboulette ou le tendre émincé de boeuf aux herbes, tout aussi divin ?
Un signe qui ne trompe pas : dans cet exceptionnel restaurant de poche, la clientèle qui se presse fait la place belle aux Japonais de la capitale, hommes d’affaires, expatriés et touristes avertis. Ils connaissent par coeur les meilleures adresses (celle-ci fait incontestablement partie du trio de tête), le style réservé du service, la ponctualité de mise, et le prix de la qualité (30€ le midi, comptez le double pour le soir).
Une adresse rare, à partager avec quelques élus…
Une réservation s’impose avant d’y emmener votre Madame Butterfly.
Kifuné 44, Rue Saint Ferdinand 75017 Paris 01 45 72 11 19