Rencontres Gourmandes
Par Christophe Kaprélian

« On va déguster », ça se dévore !

Un chef-d’oeuvre !
Forcément conçu avec amour et jubilation, il suffit de l’avoir entre les mains pour sentir le plaisir qui diffuse !
Pas une extase cérébrale qui se prend le bocal, fichtre non, un plaisir d’enfant, un accès de revenez-y, une compulsion gourmande et frénétique comme seuls en déclenchent le sac de bonbecs ou la crème de marrons.
C’est fin, drôle, coloré, hyper renseigné, pétri d’anecdotes, de recettes, de références… le top de la culture culinaire servi par l’esprit et l’expérience d’une bande de 156 copains qui ont mis au pot leur goût du meilleur.
A consommer partout et à toute heure, quels que soient l’appétit ou l’humeur, sauf peut-être au lit, le seul endroit où cet inventaire génial de 335 pages pourrait vous peser sur l’estomac !
Et on le trouve à la Librairie Gourmande
90, rue Montmartre
75002 Paris
Tél : 01 43 54 37 27
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Perfect Albion

Rien ne me met plus en joie que de déjouer stéréotypes et scénarios soi-disant prévisibles lorsque je pousse la porte d’une nouvelle adresse gourmande. Voici donc L’Albion, un must en la matière. Hope for the best, be ready for the worst !… on arrive avec la devise de la Royal Navy en tête, associé au spectre de quelque jelly redoutable, et tout de suite on baisse la garde. My God, quoi de plus réconfortant que ce concept de « cave à manger », où les casiers de bons crus qui surplombent le bar font la paire avec la cuisine ouverte sur une salle toute en chaleur boisée…
Le caviste assure comme il se doit une sélection inspirée de dives bouteilles – que l’on peut acheter en take away – mais la « petite restauration » des bars à vins traditionnels prend ici un sérieux galon.
La carte n’est pas pléthorique (4 entrées, 4 plats, 5 desserts) mais déroule avec élégance un choix de produits sûrs et travaillés avec soin. Certains affirment que l’on sait dès la 10ème ligne si un roman sera un coup de coeur, moi c’est la 1ère ligne de cette littérature bistronomique qui emporte mon choix : ce sera burrata et onglet de boeuf. Des classiques qui ne souffrent pas le flou artistique.
On oublie l’indice calorique de cette somptueuse combinaison de mozarella et de crème fraîche pour s’émouvoir, primo, de la beauté de l’assiette, secundo et sans délai, de l’onctuosité lactée de cette spécialité des Pouilles. Dieu est dans les détails, l’artiste le sait bien : semis de poivre noir finement concassé, huile d’olive fruitée à souhait, câpres fraîches bien charnues et tendre confit de tomates séchées. Un régal et une certitude : nonobstant son origine britannique, Matt Ong qui officie aux fourneaux est un Toscanini.
Les carnivores sauront goûter la métaphore : le boeuf est à tomber ! Oui, oui, on apprécie la purée fondante et les cèpes poêlés qui rendent hommage aux jolis marchés d’automne, mais c’est la viande ici qui éclipse tout le reste. J’y mets le label Absolutely fabulous, sans pour autant dénigrer le beau lieu de ligne et le filet de canette-crème de panais savamment mitonnés qui garnissent les assiettes de mes voisins heureux.
Tout a été si bon que je m’en voudrais presque du bémol qui atténue un peu la note quand arrive le dessert : la tartelette aux figues régale davantage mon oeil que mes papilles… Crème et amandes font un enrobage un peu sophistiqué là où je préfère goûter le fruit… Actually, comme diraient nos chers hôtes, je crois que la coupe est pleine et que votre serviteur eût mieux apprécié au tea-time cette généreuse pâtisserie.
Congrats ! Avec une addition qui ne joue pas les perfides, il me reste à tirer mon chapeau à cet Albion qui rivalise de bon goût avec bien des bistrots frenchies. Et nul besoin de prendre la mer, nous sommes à quelques coudées du square Montholon.
L’Albion
80, Rue du Faubourg Poissonniere
75010 Paris
Téléphone 01 42 46 02 44
Ouvert midi et soir du lundi au samedi

 

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Comment j’ai rencontré Sir Winston Churchill

Il a surgi un soir alors que je rentrais d’une prestation gourmande, heureux d’un succès qui débordait sur la nuit.

Je faisais durer le plaisir en empruntant l’itinéraire que j’aime, longeant Grand et Petit Palais sublimés par les lumières de la ville. Un spectacle dont je ne me suis jamais lassé, si souvent contemplé que je pourrais le réinventer les yeux fermés…

La silhouette de bronze s’est imposée avec l’intensité d’une première fois. Quatorze ans pourtant, qu’elle arpente d’un talon volontaire l’angle sud de l’avenue qui porte son nom. Mais ce soir-là, l’âme s’incarnait. Sous le carcan métallique c’était l’homme qui prenait vie.

Les héros statufiés n’auraient-ils pas droit à leur petite balade nocturne ?

Vous me croirez ou pas, j’ai marché à l’ombre du Vieux Lion. Entendu crisser l’étoffe rigide de l’uniforme. Quand soudain l’illustrissime gueule boudeuse s’est mise à parler…

Hier parlait à demain et le message était clair. Gravé pour l’éternité.

Quelques secondes plus tard, Sir Winston a regagné son noble piédestal mais dans l’air flottait encore un parfum de cigare…

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C’est la sardine qui a bouché le port de Marseille

Une galéjade ?

Ma foi non, c’est une histoire vraie, sauf qu’il s’agissait à l’origine de la « Sartine », altière frégate française coulée au 18ème siècle par un navire anglais. Le vaisseau et son fier gréement était de telle envergure que son naufrage fit obstacle un certain temps au trafic maritime de la cité phocéenne… Et en remontant le fil des siècles et les cafés de la Canebière, la Sartine est devenue sardine!

Et aujourd’hui ?

C’est bien le petit poisson si goûteux qui, entre pagres, loups, dorades… est encore le roi de la criée marseillaise. Ramené encore frémissant par les pêcheurs de la rade et des alentours du Frioul.

Une merveille de simplicité, à déguster sur le grill avec un rosé frais, sous l’azur ensoleillé du Midi.

 

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Connaissez-vous Noravank?

 

Mystère de 3 syllabes derrière lesquelles ne se cachent ni la découverte d’une nouvelle constellation, ni l’œuvre d’un obscur mathématicien…

Noravank ? C’est tout simple ! Prenez un hélico jusqu’au Bourget, puis sautez dans un avion direction Yerevan, capitale de l’Arménie, et descendez toujours plus au sud, dans une gorge de la communauté rurale d’Areni… Au terme d’une fameuse grimpette, sous un soleil capable de tous les excès si l’escapade est estivale, Noravank vous offre soudain son ombre salutaire et sa puissante beauté. Le monastère de Noravank. Trois églises dont un mausolée, enchâssées depuis le XIIème siècle dans un cirque de montagnes abruptes aux allures de Mont Rushmore. La pierre de l’édifice se fond avec le gris ocre de la falaise rocheuse et alentour le regard se noie à perte d’horizon…

Noravank, aujourd’hui classé comme « étape incontournable » de tous les circuits touristiques, j’y suis arrivé presque par hasard lors de l’une de mes premières échappées en Arménie, au début des années 90. Une voiture de fortune en compagnie de quelques acolytes rencontrés à Yerevan, et une balade sans calcul et sans itinéraire balisé, au petit bonheur la chance… Une véritable aventure en terra incognita pour moi dont l’identité arménienne remonte à des grands-parents arrivés en France en 1920.

Lieu unique, émotion unique. Le temps d’un pique-nique improvisé, Noravank devient pour moi LE lieu d’élection. Rien à voir avec la proximité invisible de la communauté monastique, ma joie profonde n’a rien d’une fièvre mystique ! Le sentiment de reconnaissance est plus intime encore, il y a là tout ce que j’aime : dans le parfum minéral de la roche, une hauteur sublime, un horizon sans frontières déconnecté de l’esprit des lois, un sentiment de puissance atemporelle, une beauté bouleversante qui a toujours été et sera toujours. No Limit.

Et puis il y a le pique-nique, le moment fraternel du partage et lui aussi d’une convivialité sans âge. Luxe inouï de la simplicité : un cerclage de pierres et un foyer de branchages pour préparer le Horovatz (prononcez « Rolovatz »), plat de grillades qui illustre entre tous la tradition culinaire arménienne. Sur les braises, on pose les chich (brochettes) de mouton et de légumes achetés quelques heures plus tôt sur les échoppes dressées ça et là au bord des routes. A l’ombre, on a placé des bouteilles dans un seau d’eau en espérant leur maintenir un peu de fraîcheur. Aujourd’hui, un petit bistrot est tenu par la cousine d’un moine de la communauté, mais à l’époque il n’y avait rien. Et dans ce rien, il y avait tout.

Je me souviens du goût à nul autre pareil de ces brochettes, doucement grillées et imprégnées à cœur par un parfum d’herbes fraîches où se mêlent persil, ciboulette, aneth et menthe… Fumet puissant et herbisé du mouton, aubergines fondantes rôties tranquillement sur le feu… Quelques produits de base achetés aux fermiers du coin pour un festin de roi, ah mais quels produits ! On ne connaît pas le label bio là-bas, mais on ignore aussi les pesticides, les semences formatées et aseptisées, la chimie complexe des cultures hors-sol… J’ai encore en bouche le goût retrouvé d’un abricot, cueilli à l’arbre en sa pleine maturité, sans traitement ni précipitation. Petits producteurs d’ici où d’ailleurs, ma fidélité conserve la mémoire vive de ce fruit juteux et velouté !

De retour à Paris, assis devant mon ordi et à nouveau en phase avec le miracle de la technologie, j’ai immédiatement installé en fond d’écran un cliché de cet endroit qui me ressemble tant. J’ai souvent tenté d’en changer mais en vain, la magie du lieu continue d’opérer et mon âme parisienne de s’y ressourcer.

Noravank, on y revient…

Pour votre voyage:
L’agence Voyageurs du Monde
Qui  propose de très beaux et bons programmes
Ou
L’agence Sabératours
La pionnière, qui dès la fin des années 80 affréta tous les jeudis un avion pour Yerevan, en dépit des difficultés que cela représentait alors…Elle fait toujours référence.

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