Rencontres Gourmandes
Par Christophe Kaprélian

Belle e buena, la pizza de Chez Bartolo

Je ne sais pas pour vous, mais l’envie d’une bonne pizza, ça ne se discute pas.

Hmm, on la voudrait déjà là, dans sa belle collerette de pâte dorée, fumante, colorée, le fromage en nappe encore frémissante…

En bref, ça urge, mais pas question de trouver la pépite chez le premier amateur venu, pensez, un plat qui nous vient du fond des âges napolitains ! Tradition et tournemain, voilà ce que trouvent chez Bartolo les habitués qui s’y pressent.

Pour ma part, j’ai une sympathie immédiate pour un établissement qui tient le pavé et sa clientèle depuis 1950 : ici, l’adresse n’est jamais sortie de la famille et c’est Aurélie, la petite-fille des fondateurs, qui a repris le flambeau.

Il faut dire que l’endroit a des arguments. Bien placé à quelques encablures de la majestueuse église Saint Sulpice, il prolonge à sa manière l’envie d’authentique. Déco napolitaine pur sucre, le Vésuve est là mais c’est surtout l’art du pizzaiolo qui fait les étincelles de la casa : l’expert sculpte du bout des doigts de larges pétales de pâte et, coupe, râpe, détaille et répartit avec la même dextérité sa belle garniture de produits frais.

Le bonheur naît sur la plaque avant d’être enfourné sur sa pelle dans un vrai four à bois.

En quelques minutes, la pizza devient réellement calzone, reine ou magherita, elle s’auréole d’une boursouflure épaisse et croustillante, tandis que le fromage s’exprime à petits bouillons satisfaits. Le fumet boisé du four imprègne l’ensemble, et va bientôt traverser la salle jusqu’à votre assiette… Grazie mille !

 

Pas franchement raisonnable après la pizza, mais regardez comme il est beau, tout en séduction gourmande avec ses rondeurs crémeuses…

Goûtez-y avant que d’autres ne le chipent sous votre nez.

Il y a toujours du monde chez Bartolo, et voilà plus de 60 ans que ça dure…

Capito ? Traduisez par réservation conseillée.

Chez Bartolo
7 Rue des Canettes
75006 Paris
01 43 26 27 08
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Ajoutez deux lettres à Paris et c’est le Paradis – Jules Renard

Il y a comme ça des petits matins d’octobre où l’automne flirte avec l’été.

L’air est une soie tissée par les anges, et le ciel, vaste nuée teintée de rose, prépare en coulisses l’arrivée du grand soleil…

Un moment d’exception, et une invitation à tous les possibles.

Remarquez comme la nature est bien faite : quand l’âme jubile, le corps se met en marche en quête d’autres promesses…

En route !

Je n’ai rien truqué, à cette heure où dorment encore les touristes et déjà les noctambules, le pavé est désert et laisse toute sa place à l’Etoile… du matin.

Même les péniches ont l’air de poser pour la photo, arrêtées sur la Seine immobile pour la redite d’une « Impression, soleil levant ». Là où je suis flotte l’âme de Monet, Seurat et Pissaro…

… et quelque anonyme bien inspiré a choisi d’y installer son chapeau et son chevalet.

Pari sublime : arrêter la lumière, et immortaliser l’éphémère !

Dans la magie de l’instant, j’ai cru voir un oiseau noir, long cormoran, se profiler sur l’onde claire.

Au petit jour, même la Gendarmerie maritime pactise avec la poésie.

Capitaine, belle entrée en Seine !

Ballet d’ombres et de lumières. Sous le Pont de la Concorde, l’eau est une formidable machine à remonter le temps. Saviez-vous que ce bel ouvrage avait été en partie construit avec les pierres de la Bastille ?

Sous les flots, j’entends un sans-culotte qui fredonne encore sa Carmagnole…

Le chrono s’emballe. Nous voilà dans les années soixante.

Qui me croira quand je dirai que j’ai vu une Daf se faire semer en trois coups d’aviron ?

Il est temps de retoucher terre.

Mais un matin comme celui-ci, la géométrie refuse la norme et défie les lois de l’apesanteur.

Place Dauphine, les chaises du Caveau se font l’échelle et se rêvent en héliotropes, tournées vers le ciel pour mieux en capter la lumière.

Paris-Paradis n’en finit pas de se mettre en scène et de redistribuer les rôles !

Rue de Sèvres, Hermès plante si bien le décor que tous les cancres de la terre seraient tentés de courir à l’école :

Et une belle image pour l’âne qui braie !

Mon âme d’enfant a envie de lui taquiner le ventre, et de trouver la clé qui le fera s’animer.

Les couleurs de la vitrine ont roulé jusque sur le trottoir.

Au Marché Raspail, les courges font les belles et de l’oeil aux peintres : « N’est-il pas vrai que nous sommes de merveilleux modèles pour Arcimboldo ? »

Le soleil qui a suivi sa course me fait lever le nez, je serai bientôt aux jardins du Luxembourg… Dieu que cette façade m’émeut, éternelle Parisienne ! Sa majesté est celle d’un vaisseau fendant l’azur.

Pour moi, la plus belle combinaison du blanc, du rouge et du bleu.

L’émotion est un sport qui creuse. Je délaisse le bistrot trop fréquenté par les amateurs de Guignol, rien ne vaut le spectacle d’une belle carte. Et c’est ici que je le trouve, au Pavillon de la Fontaine, qui se cache vers l’accès des jardins côté Port Royal.

Il y a là d’alléchantes formules de petit-déjeuner, et pour plus tard, crêpes et gaufres, des macarons de chez Carette et une belle sélection de glaces artisanales de la maison Pédone : je lorgne illico le Chocolat Grand cru et le Café brésilien…

La matinée s’achève et je ne suis plus le seul à guetter l’instant magique. Non loin de moi, quelques touristes américains, australiens, japonais, attendent eux aussi « leur » rayon vert.

Il n’y a pas de hasard si cette fontaine nous a tous attirés là.

Chef-d’oeuvre de transparence, sublimé par les diaprures du soleil.

Sur nos images, il y aura autant de points de vue que de photographes, mais le sourire que nous avons échangé sur l’instant disait une vérité commune : la Beauté est universelle.

Pavillon de la fontaine

Jardin du Luxembourg

75006 Paris

 

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Flore un jour, Flore toujours

Temple du Snobisme?

C’est l’âme de Guillaume Apollinaire que vous voulez troubler jusque dans la tombe ? Oui, c’est l’auteur des « Lettres à Lou » qui commença d’y beurrer en 1913 ses poétiques tartines !

Alors passez l’éponge sur l’écume d’un certain show-off, et goûtez sans bouder votre plaisir aux saveurs de l’Eternel parisien, qui n’a jamais perdu ses lettres de noblesse…

Un petit-déjeuner au Flore, que dire de plus ? L’esprit du lieu, la qualité des produits et un pan de l’Histoire de Paris en version originale… Le goût du meilleur, bien vivant et atemporel.

Café de Flore
172 Bd Saint Germain
75006 PARIS
Tél : 01 45 48 55 26
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Fines baguettes à Saint-Germain-des-Prés

Surprenant non, cette ambiance à la Edward Hopper

Pus surprenant encore de découvrir, en face du Café de Flore, ce restaurant vietnamien dont la déco design n’indique pas qu’il tient solidement le pavé parisien depuis 1958 !

Le flux croissant des touristes n’a pas galvaudé la qualité de son assiette, les parfums sont généreux et le tout est de bonne facture.

L’exotique n’y est pas, comme souvent, traité au glutamate ou au rabais : en famille ou entre amis, ce Canton-là mérite une petite soirée.

 

Le Canton
Maison familiale depuis 1958
5, Rue Gozlin
75006 Paris
Tél:01 43 26 51 86
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