Rencontres Gourmandes
Par Christophe Kaprélian

Little Cantine deviendra grande…

C’est tout ce qu’on souhaite à cette adresse toute neuve qui s’est ouverte mi-septembre rue des Ecoles, sur le même trottoir que le Balzar, grande aînée de deux siècles….
La valeur n’attendant point le nombre des années, on aime ici l’élégance simple et conviviale du lieu, chaises d’école et grandes ardoises murales, dans une déco où jouent à cache-cache le noir mat et le bois blond. Votre serviteur, grand affamé de couleurs, se réjouit du rouge cerise qui tranche sur l’harmonie domino : celui des jolis plateaux sur lesquels s’avancent les burgers, après une commande prise au comptoir.
Alors, which one : Chill, Dude, Calvi, Soho ? A moins que ce soit le LC hot dog garni d’oignons frits ?
Quelque soit votre choix, il s’avance en taille menue et saveurs raffinées… en version un brin féminisée. Disons-le, Little Cantine ne fera pas le bonheur des ogres : le burger se tient dans une main, les sauces jouent les ponctuations délicates – nuances de chutney, mariage étudié saint Nectaire/confiture figues et noix – et les frites fraîches en petite portion croustillent de joie sous un semis d’herbes parfumées.
A préciser, le boeuf français est haché sur place, et les bun’s moelleux sortent du four de chez Gontran Cherrier, le boulanger créatif qui « aime le pain, parce qu’il parle de nous, de vous, de tous, partout et toujours », un credo auquel je dis amen – je vous renvoie à son très joli site.
Et puis, le salé sans excès vous permet de lorgner sans scrupules sur les délicieuses pâtisseries maison, non ? Cookiesbrownies et carrot cakes vous tendent leurs bras appétissants…
Au final, on n’oubliera pas de débarrasser son plateau, peut-être le seul détail qui fasse encore dans cette Little Cantine very fresh and delicious, un clin d’oeil au mac fast-food.
Little Catine
Rue des écoles
75006 Paris
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Bon comme Bonjour !

Il se doit d’être doux, comme un dernier morceau de nuit, et croustillant comme les promesses du jour…
L’air est encore un peu vif, mais j’aime à le prendre en ville : le ronflement du percolateur, la tartine craquante à la mie encore tiède sur laquelle s’étale un bon beurre aux accents de noisette. La terrasse est parisienne, mais la confiture voyage aux confins : figue-noix de Corse, ou sublime framboise de l’île d’Yeu !
Le petit-déjeuner, chers amis internautes, premier moment de partage dont le bon goût fait céder la lune au soleil.
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Signore Giovanni et ses châtaignes

 

Si la tradition des vendeurs de rue avait son festival, c’est à lui que reviendrait la palme !

Lui, c’est Giovanni, l’italiano vero, le personnage le plus volubile et le plus souriant de ce vaste théâtre qu’est Saint-Germain…

Installé depuis des années sous son parasol rouge, la prunelle aussi ardente que les braises qui rougeoient sur son brasero,


 

il est au marron chaud ce que la tarentelle est à la danse, une irrésistible invitation ! Ah il sait y faire Giovanni, surtout avec les bella ragazza dont les escarpins piquent les pavés d’un élégant staccato. Du boniment ? Vous vous voulez rire, rien que de l’authentique, à l’image du merveilleux triporteur sur lequel il a arrimé sa cambuse. C’est qu’il aime les gens Giovanni, et jamais il n’oublie un visage, que ce soit celui d’un pipeul (quartier oblige) ou d’un gourmand plus anonyme comme votre serviteur. A chacun son objectif, lui (aussi…) c’est avec le coeur qu’il photographie.

Une illustration à lui seul des différences qui nous enrichissent,


 

ce tchatcheur de première est devenu polyglotte pour le plaisir d’échanger un brin de causette avec les touristes. Et, miracolo, le voilà qui abandonne sa gouaille de gavroche pour quelques civilités dans la langue de Goethe ou de Shakespeare. Oui, oui, il a même à son registre quelques vocables de japonais.

Bien sûr qu’elles sont succulentes ses châtaignes,


 

fendues d’un habile coup de canif et grillées à souhait. Le régal de tous ceux qui aiment s’y brûler un peu les doigts avant de s’en réjouir le palais et l’estomac, le petit plaisir qui rend aimables les hivers les plus frisquets…

Mais avec Giovanni, il y a toujours le « plus », ce détail qui étonne et enchante : fini le cornet d’antan, fort sympathique mais qui laissait derrière soi les traces de son petit forfait gourmand. Ici, le sachet est compartimenté, un côté se vide tandis que l’autre recueille les reliefs de la dégustation… Pas mal de ne plus jouer les Petit Poucet avec ses épluchures, diable, nous ne sommes qu’à un jet de pierre de l’enseigne « so chic » des Deux Magots !

Signore Giovanni, que les bons augures de 2013 vous prêtent longue vie, vous êtes le roi du marron chaud !

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Belle e buena, la pizza de Chez Bartolo

Je ne sais pas pour vous, mais l’envie d’une bonne pizza, ça ne se discute pas.

Hmm, on la voudrait déjà là, dans sa belle collerette de pâte dorée, fumante, colorée, le fromage en nappe encore frémissante…

En bref, ça urge, mais pas question de trouver la pépite chez le premier amateur venu, pensez, un plat qui nous vient du fond des âges napolitains ! Tradition et tournemain, voilà ce que trouvent chez Bartolo les habitués qui s’y pressent.

Pour ma part, j’ai une sympathie immédiate pour un établissement qui tient le pavé et sa clientèle depuis 1950 : ici, l’adresse n’est jamais sortie de la famille et c’est Aurélie, la petite-fille des fondateurs, qui a repris le flambeau.

Il faut dire que l’endroit a des arguments. Bien placé à quelques encablures de la majestueuse église Saint Sulpice, il prolonge à sa manière l’envie d’authentique. Déco napolitaine pur sucre, le Vésuve est là mais c’est surtout l’art du pizzaiolo qui fait les étincelles de la casa : l’expert sculpte du bout des doigts de larges pétales de pâte et, coupe, râpe, détaille et répartit avec la même dextérité sa belle garniture de produits frais.

Le bonheur naît sur la plaque avant d’être enfourné sur sa pelle dans un vrai four à bois.

En quelques minutes, la pizza devient réellement calzone, reine ou magherita, elle s’auréole d’une boursouflure épaisse et croustillante, tandis que le fromage s’exprime à petits bouillons satisfaits. Le fumet boisé du four imprègne l’ensemble, et va bientôt traverser la salle jusqu’à votre assiette… Grazie mille !

 

Pas franchement raisonnable après la pizza, mais regardez comme il est beau, tout en séduction gourmande avec ses rondeurs crémeuses…

Goûtez-y avant que d’autres ne le chipent sous votre nez.

Il y a toujours du monde chez Bartolo, et voilà plus de 60 ans que ça dure…

Capito ? Traduisez par réservation conseillée.

Chez Bartolo
7 Rue des Canettes
75006 Paris
01 43 26 27 08
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Ajoutez deux lettres à Paris et c’est le Paradis – Jules Renard

Il y a comme ça des petits matins d’octobre où l’automne flirte avec l’été.

L’air est une soie tissée par les anges, et le ciel, vaste nuée teintée de rose, prépare en coulisses l’arrivée du grand soleil…

Un moment d’exception, et une invitation à tous les possibles.

Remarquez comme la nature est bien faite : quand l’âme jubile, le corps se met en marche en quête d’autres promesses…

En route !

Je n’ai rien truqué, à cette heure où dorment encore les touristes et déjà les noctambules, le pavé est désert et laisse toute sa place à l’Etoile… du matin.

Même les péniches ont l’air de poser pour la photo, arrêtées sur la Seine immobile pour la redite d’une « Impression, soleil levant ». Là où je suis flotte l’âme de Monet, Seurat et Pissaro…

… et quelque anonyme bien inspiré a choisi d’y installer son chapeau et son chevalet.

Pari sublime : arrêter la lumière, et immortaliser l’éphémère !

Dans la magie de l’instant, j’ai cru voir un oiseau noir, long cormoran, se profiler sur l’onde claire.

Au petit jour, même la Gendarmerie maritime pactise avec la poésie.

Capitaine, belle entrée en Seine !

Ballet d’ombres et de lumières. Sous le Pont de la Concorde, l’eau est une formidable machine à remonter le temps. Saviez-vous que ce bel ouvrage avait été en partie construit avec les pierres de la Bastille ?

Sous les flots, j’entends un sans-culotte qui fredonne encore sa Carmagnole…

Le chrono s’emballe. Nous voilà dans les années soixante.

Qui me croira quand je dirai que j’ai vu une Daf se faire semer en trois coups d’aviron ?

Il est temps de retoucher terre.

Mais un matin comme celui-ci, la géométrie refuse la norme et défie les lois de l’apesanteur.

Place Dauphine, les chaises du Caveau se font l’échelle et se rêvent en héliotropes, tournées vers le ciel pour mieux en capter la lumière.

Paris-Paradis n’en finit pas de se mettre en scène et de redistribuer les rôles !

Rue de Sèvres, Hermès plante si bien le décor que tous les cancres de la terre seraient tentés de courir à l’école :

Et une belle image pour l’âne qui braie !

Mon âme d’enfant a envie de lui taquiner le ventre, et de trouver la clé qui le fera s’animer.

Les couleurs de la vitrine ont roulé jusque sur le trottoir.

Au Marché Raspail, les courges font les belles et de l’oeil aux peintres : « N’est-il pas vrai que nous sommes de merveilleux modèles pour Arcimboldo ? »

Le soleil qui a suivi sa course me fait lever le nez, je serai bientôt aux jardins du Luxembourg… Dieu que cette façade m’émeut, éternelle Parisienne ! Sa majesté est celle d’un vaisseau fendant l’azur.

Pour moi, la plus belle combinaison du blanc, du rouge et du bleu.

L’émotion est un sport qui creuse. Je délaisse le bistrot trop fréquenté par les amateurs de Guignol, rien ne vaut le spectacle d’une belle carte. Et c’est ici que je le trouve, au Pavillon de la Fontaine, qui se cache vers l’accès des jardins côté Port Royal.

Il y a là d’alléchantes formules de petit-déjeuner, et pour plus tard, crêpes et gaufres, des macarons de chez Carette et une belle sélection de glaces artisanales de la maison Pédone : je lorgne illico le Chocolat Grand cru et le Café brésilien…

La matinée s’achève et je ne suis plus le seul à guetter l’instant magique. Non loin de moi, quelques touristes américains, australiens, japonais, attendent eux aussi « leur » rayon vert.

Il n’y a pas de hasard si cette fontaine nous a tous attirés là.

Chef-d’oeuvre de transparence, sublimé par les diaprures du soleil.

Sur nos images, il y aura autant de points de vue que de photographes, mais le sourire que nous avons échangé sur l’instant disait une vérité commune : la Beauté est universelle.

Pavillon de la fontaine

Jardin du Luxembourg

75006 Paris

 

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