Rencontres Gourmandes
Par Christophe Kaprélian

Café Petite, grandes saveurs

Mes amis, ignorons les amers et les blasés qui, sous prétexte d’avoir identifié une énième brasserie bobo, passeraient ici leur chemin et laisseraient leur tour à table ! Moi je vous invite sans délai à dérouler la serviette pour vous régaler d’une sympathique cuisine de bistrot, goûteuse et fraîche.
C’est vrai, vous y convierez davantage vos amis que la tantine Marie-Chantal, sans doute un peu déboussolée par la brique brute, la banquette moleskine et le bar vert irish, encore que l’affabilité du service aurait vite fait d’effacer ses considérations esthétiques.
En parlant d’effacer, visons bien les promesses de l’ardoise…
Un clin d’oeil gourmand et on s’émeut d’un tableau qui à la fois rend hommage aux bons p’tits plats populo (vous le voyez d’ici, Gabin en bleu de mécano, reluquer l’oeuf mayo et l’entrecôte béarnaise ?) et ouvre gentiment l’assiette à des saveurs chipées ailleurs. Tiens, cette salade de crudités verdie de coriandre, ou ce tartare thaï qui accueille citronnelle, mélisse et gingembre sans renoncer à la bonne frite au couteau. Il faut de tout pour faire un monde.
Comme le dessert m’a déjà fait de l’oeil, je joue l’équilibre avec le très joli poisson du jour :
Quand manger sain n’équivaut pas à une punition, ça ressemble à ça : un beau filet de rascasse dont la chair ni ne résiste ni ne s’effrite (parfaitement cuit donc), un riz safrané bien moelleux et un assortiment de petits légumes de saison, parfumés et au croquant al dente. Une crème de langoustine légère et justement iodée vient ajouter sa touche d’onctuosité à l’affaire.
Mon assiette « santé », pas tristounette pour un sou, me vaut malgré tout l’autorisation d’un final sans modération – je précise avoir résisté à un somptueux cheeseburger aussi calorique que bien noté, pour son pain et ses tomates confites maison…
Or donc, voici le dessert !
Là tout arrive en vrac, le parfum de la cuisine de grand-mère, le geste sûr et délicat du pain trempé dans l’oeuf et le lait, le beurre noisette qui grésille dans la poêle, du sucre en caramel de tendresse. Les cinéphiles se souviendront aussi de Kramer contre Kramer, et de cette séquence sublime et quasi muette de petit-déjeuner entre Dustin Hoffman et son fils qu’il lui faut rendre à sa mère (la divine Meryl Streep) : c’est la préparation d’un pain perdu, à la place des mots qui s’étranglent, qui raconte à la fois l’amour filial et le déchirement de la séparation.
Bref, cette brioche perdue, c’est une tranche d’anthologie !
Un délice pétri de réminiscences, de fait la glace vanille y figure presque en option facultative. Je ne suis pas un fana du jambon-coquillettes, mais quand la cuisine dite régressive vous fait vivre ça, je dis oui.
Le Café Petite, on aime et on adopte vous dis-je. Et au retour des beaux jours (oui, le rêve autorise toutes les ellipses), comble de la bobo-attitude, on viendra bruncher sur la jolie terrasse exposée plein Sud… À suivre !
Café Petite
52, rue René Boulanger
75010 Paris
Tél: 01 42 03 30 16
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Musardise au Palais-Royal

Et si l’on s’accordait sans délai une petite page de romantisme ?

Quand l’info sature, que l’âme ploie et le corps fatigue, il est bon de se réfugier dans un palais secret, devant lequel de hautes flèches d’or à toute morosité font barrage…

Après avoir laissé votre lassitude à l’octroi et vidé vos poches boursouflées de spleen, il faut laisser s’ouvrir tous les cadres et laisser s’y infiltrer la lumière, ô joie !

Le soleil est comme l’amour, célébrissime enfant de bohème, il ignore les frontières et les verrous,

Tout juste s’il tolère que les chausseurs d’images cherche à le capturer dans leur boîtier…

… même si son orgueil d’astre sans-pareil cède un peu de territoire lorsque l’amour paraît !

Il se fait un honneur d’offrir une cathédrale de lumière à celle qui vient là répéter le scénario de ses noces.

Amoureux du motif, il joue à faire mousser ses rayons dans une traîne de lumière…

Le temps de compter jusqu’à trois et hop ! ailleurs il poursuit sa fugue, il plane, volette et muse, pourquoi se priver quand ce palais se donne depuis les Fêtes de la Régence comme le temple du libertinage… Tenez, leurs silhouettes ne font plus d’ombre, mais ne devinez-vous pas ces amoureux d’antan en train de prendre le thé?

C’est peut-être dans le vent qui berce les arbres de la promenade que vous entendrez leurs tendres soupirs…

Amis Internautes, lorsque l’info sature et que l’âme ploie, songez à ce refuge royal et à sa brillante rêverie.

Ouvrez la parenthèse dans la frénésie du quotidien, et passez au-delà des grilles : là où se courtisent si bien l’ombre et la lumière, il est toujours histoire d’amour…

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Les beaux jours s’installent à La Maison

Coup de chapeau bien rose à cette terrasse qui joue la carte du printemps et fait du soleil son atout gagnant !

Allez-y, faites un plan large pour goûter aux joies de la perspective…

Voilà, vous êtes sur la jolie placette Saint Ferdinand, à l’abri du charivari monoxydé du quartier des Ternes.

Quelle Porte Maillot ? Ici, vous êtes à « La Maison » et les arbres reverdis qui s’imposent sur le minéral donneraient presque à l’endroit un parfum de province…

J’ai dit « presque » parce que le bistro en question, c’est toute l’âme du Paname des Années 30 !

Banquettes moleskine, lustres à globes, et sur le sol aux jolis carreaux polychromes, le ballet bien orchestré des garçons en gilet tout en gestes prompts et gouaille souriante.

Et qu’est-ce que ce sera pour ces dames ?

Pour le coup d’oeil à l’ardoise, retour en terrasse divinement exposée plein sud, où le soleil va bientôt nous chauffer le dos.

Une belle écriture ronde tracée à la craie annonce les saveurs du jour : le poireau vinaigrette et la joue de boeuf braisée sont à l’honneur. D’autres grands classiques s’affichent à la carte : oeuf mayo et salade de betteraves, foie gras de canard au Lillet pour les fines gueules.

Les plats de viande, 100% tradition, ont l’air superbe : je lorgne l’andouillette, ricoche sur le tartare et enjambe la côte à l’os…

… et une belle Entrecôte frites, une !

Je sais, un peu de vert dans l’assiette serait du meilleur effet et le vaste choix de garnitures ne me sert pas d’alibi : je vois passer avec un rien de scrupule salade verte et haricots verts frais. Mais les frites de La Maison sont… maison ! Une rareté qui vaut bien un petit excès. En échange, j’abdiquerai sur la tarte Tatin et l’affriolante sélection de glaces Berthillon. De toute façon, il y aura d’autres fois à La Maison car l’addition n’y fait pas d’ombre au soleil.

Les beaux jours ont leur adresse, on vous y conseille le séjour.

La Maison
28, Place Saint Ferdinand
75017 Paris
01 45 74 11 24
www.cafelamaison.com
Tout est maison à la maison
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Bio en broche chez l’Ami Marco

C’est bientôt l’heure du déjeuner et je musarde, antennes aux aguets, sous la lumière diffuse du Passage des Panoramas.

Petite balade dans le temps comme je les aime, dans une architecture conçue il y a deux siècles et dont le coeur n’a cessé de battre, irrigué par le flux battant des commerces et des visiteurs. D’ailleurs, nous sommes à deux pas du célébrissime Grévin, il me suffirait d’un petit détour pour aller tirer mon chapeau à Chaplin et Voltaire…

Mais l’estomac tenaille, et ce sont des couverts géants, d’humeur bien rose, qui retiennent mon pas dans l’ici et maintenant !

Derrière les couverts de Gulliver se déploie une jolie perspective de tables proprettes, fort avenantes dans leur robe à carreaux. L’ardoise elle aussi est tentante, dans sa belle simplicité de plats de bistro qui fleure bon l’andouillette (garnie de tous ses A) et la salade museau vinaigrette.

C’est bath chez L’Ami Marco aurait dit Gabin, avant d’y emmener sa Morgan sans croquer toute sa solde de permissionnaire : entrées et desserts sont au prix unique de 3 euros.

Pour moi ce sera un plat en direct : je suis en confiance et je commande sans tergiverser. L’Ami Marco s’annonce rôtisseur, va pour le poulet bio !

Pas plus de chichis dans l’assiette que dans la déco, mais je me régale de mon choix : la cuisse est rôtie à point et sous ses courbes dodues, la chair est tendre et savoureuse. Et le bio est là, à n’en pas douter : je le reconnais à l’os qui résiste vaillamment sous les assauts de mon coup de fourchette. Frites maison tout à fait honorables, la salade sans trop d’intérêt remplit son office de fraîcheur.

Un vrai bon point pour ce petit gueuleton sans prétention. Une façon de se restaurer sainement et garder de quoi chiner dans l’insolite brocante qui vous tend les bras, là, dans la vitrine juste en face…

Univers hétéroclite de perles, de verroterie et de celluloïd : au 47 du Passage, un monde baroque et un brin désuet se prête à quelque rêverie digestive…

Réminiscences garanties et coup de chapeau au savant étalagiste qui a trouvé son inspiration dans le ventre de notre vieux coffre à jouets !

L’Ami Marco
22, Passage des Panoramas
75002 Paris
et
La boutique brocante
Tombées du Camion
44/47, Passage des Panoramas
75002 Paris
de 13h00 à 19h00 tous les jours
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Printemps zen au Café Suédois

A voir l’allure du parking, on est tout de suite renseigné sur l’endroit.

Ici on aime la balade nez au vent et se régaler de plaisirs simples.

Une atmosphère pimpante comme une chanson de Montand, sauf que sur la bicyclette Inga a pris la place de Paulette : nous sommes au Café Suédois, lui-même accolé à l’Institut Culturel suédois installé depuis 1971 dans les murs du très bel Hôtel de Marle.

Preuve qu’une balade au Marais peut ressembler à autre chose qu’à un long marathon mercantile où l’on se pousse du coude et du klaxon… Bifurquez dans la rue Payenne, franchissez la grande porte bleue, et profitez sans délai d’un joli moment d’art de vivre à la scandinave.

Du calme, des visages avenants, et un festival de bonnes petites choses à grignoter, préparées sur place et fraîches du matin. Soupes maison – glacées en été, tartines et sandwiches de pain noir garnis à la mode du pays (hareng, boulettes de viande, saumon mariné, concombre et crème fraîche), et un assortiment changeant de pâtisseries où président gâteau aux carottes et tarte aux airelles.

C’est simple, sain, délicieux, à conjuguer avec un jus fraîchement pressé ou une tasse de café noir gentiment allongé.

Le must, quand le soleil de mars anticipe sur l’été : s’installer sur les jolies nappettes roses et vertes de la cour pavée, ou alors…

… faire le plein d’oxygène côté jardin, idéal si vos bambins ont des fourmis dans les jambes.

Pour les grands aussi, c’est un jeu d’enfant : on passe commande à l’intérieur (mobilier de bois clair aux lignes épurées, papa Ikéa est passé par là), on s’installe en toute liberté, et on n’oublie pas de débarrasser son assiette en quittant la table. Un charmant esprit de communauté qui va de pair avec la douceur des prix, et d’autant plus agréable qu’au comptoir vos hôtesses sont aussi blondes que souriantes… suédoises quoi !

Le café Suédois
11, Rue Payenne
75003 Paris
01 44 78 80 11
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